Les avis sur la blockchain étant l'alternative au système traditionnel

Sommaire6 sections
  1. 01D’où vient la promesse : octobre 2008
  2. 02Ce que fait la banque quand vous envoyez de l’argent
  3. 03L’intermédiaire a changé d’adresse
  4. 04Les critiques solides et celles qui s’effritent
  5. 05Là où l’alternative tient debout
  6. 06Ce que j’en retiens

Quinze ans après le premier bloc, on peut arrêter de discuter la promesse et regarder ce qu’elle a donné. La blockchain a été présentée comme la sortie de secours du système bancaire : plus d’intermédiaire, plus de décision arbitraire, un registre tenu par ses utilisateurs. Les avis se sont depuis figés en deux camps qui ne s’écoutent pas. Le mien tient en une phrase : l’intermédiaire n’a pas disparu, il a changé d’adresse, et c’est là que le débat devrait porter.

D’où vient la promesse : octobre 2008

Le document fondateur du Bitcoin est publié le 31 octobre 2008, six semaines après la faillite de Lehman Brothers. Le calendrier n’est pas un hasard, et le texte ne s’en cache pas : il décrit un système de paiement électronique fonctionnant « sans reposer sur la confiance ». À ce moment précis, des millions de gens venaient de découvrir que la confiance accordée à leur banque leur avait coûté leur épargne ou leur logement.

La proposition est donc politique avant d’être technique. Elle dit qu’un registre tenu par dix mille inconnus vaut mieux qu’un registre tenu par une institution que personne ne contrôle vraiment. Reste à savoir si ça se vérifie.

Ce que fait la banque quand vous envoyez de l’argent

Un virement ne déplace aucun billet. Vous demandez, votre banque vérifie le solde, elle débite une ligne et en crédite une autre, éventuellement chez une consœur. Son travail se résume à tenir le registre et à trancher en cas de conflit. C’est un métier de scribe et d’arbitre, et il est payé comme tel.

La blockchain propose de confier ce travail au réseau lui-même. Les participants vérifient les soldes, inscrivent l’opération, scellent la page. Personne n’autorise, personne ne refuse. Sur le principe, l’économie d’intermédiation est réelle.

L’intermédiaire a changé d’adresse

Voilà le point qui manque à presque tous les avis enthousiastes. Dans les faits, la quasi-totalité des particuliers n’a jamais touché à une clé privée : ils achètent leurs cryptomonnaies sur une plateforme, qui garde les fonds à leur place, tient un registre interne et facture des frais. Autrement dit, une banque, sans licence bancaire ni garantie des dépôts.

L’effondrement de FTX en novembre 2022 a réglé le débat pour longtemps. La plateforme, valorisée 32 milliards de dollars quelques mois plus tôt, a fait défaut en une semaine, avec un trou évalué à plus de huit milliards. La chaîne, elle, n’a pas eu la moindre défaillance pendant ces journées. Le protocole a tenu, l’intermédiaire a cassé, exactement comme en 2008.

Les critiques solides et celles qui s’effritent

Warren Buffett a qualifié le Bitcoin de « mort-aux-rats à la puissance deux » en 2018, et ses partisans y ont vu la preuve qu’ils dérangeaient. L’argument d’autorité fonctionne dans les deux sens : ni son mépris ni leur enthousiasme ne démontrent quoi que ce soit.

La critique énergétique, elle, résiste. Le minage du Bitcoin consomme chaque année l’équivalent de la production électrique d’un pays de taille moyenne, pour un débit de sept transactions par seconde environ. C’est un rapport que rien ne vient adoucir, et les partisans de la technologie feraient mieux de l’assumer que de le relativiser.

La critique sur le blanchiment se défend moins bien qu’avant. Un registre public et permanent est un cauchemar pour qui veut dissimuler des flux : les sociétés d’analyse de chaîne remontent des filières entières, et plusieurs affaires ont été résolues précisément parce que l’argent était passé par là. Les espèces restent, de très loin, le meilleur outil du blanchisseur.

Là où l’alternative tient debout

Il reste des situations où l’argument porte. Envoyer 200 euros depuis la France vers un pays d’Afrique de l’Ouest coûte souvent entre 5 et 8 % via les opérateurs de transfert classiques, et prend parfois plusieurs jours. Vivre dans un pays où la monnaie perd la moitié de sa valeur en un an change aussi la façon de regarder un actif que personne ne peut imprimer.

Le contraste est net : dans un pays doté d’un système bancaire qui fonctionne, la blockchain règle un problème que peu de gens rencontrent. Ailleurs, elle règle un problème quotidien. Les avis diffèrent beaucoup moins qu’il n’y paraît, ils sont juste émis depuis des endroits différents.

Ce que j’en retiens

La technologie tient ses promesses techniques, sur ce point le bilan est clair : le registre n’a jamais été pris en défaut. La promesse sociale, celle d’un monde sans intermédiaire, a échoué à peu près partout où les usagers ont préféré la commodité à la responsabilité, ce qui est humain. Juger la blockchain sur ce qu’elle a supprimé, c’est se tromper de critère : elle a surtout déplacé la question de savoir à qui l’on fait confiance, et rendu cette question impossible à esquiver.

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