Le street art à l'honneur : l'exposition d'Invader à Paris

Faire payer une entrée pour voir des œuvres conçues pour être vues gratuitement dans la rue: la contradiction saute aux yeux, et Invader la connaît mieux que personne. Son exposition « Invader Space Station », ouverte du 17 février au 5 mai 2024 dans les anciens locaux de « Libération », au 11 rue Béranger dans le 3e arrondissement de Paris, est moins une rétrospective qu'un aveu. Un quart de siècle après avoir commencé à coller des aliens en carrelage sur les façades parisiennes, l'artiste installe son travail à l'intérieur, dans un bâtiment fermé, avec une billetterie.

Un bâtiment qui fait partie du geste

Le choix du lieu n'est pas neutre. La rue Béranger a abrité pendant des années la rédaction de « Libération », un journal qui a couvert le street art quand celui-ci relevait encore du fait divers. Occuper ces bureaux vidés, avec leurs plateaux, leurs couloirs et leur odeur de moquette d'imprimerie, revient à installer une pratique de rue dans une carcasse de presse écrite. Deux métiers en fin de cycle qui se croisent au même étage.

La scénographie mise sur la technologie et sur l'immersion. C'est cohérent avec un travail né du pixel: Invader, né à Paris en 1969 et passé par les Beaux-Arts, a construit son alphabet à partir des jeux d'arcade des années 1970 et 1980, où chaque personnage tenait dans une grille de quelques dizaines de carreaux. Le carrelage de salle de bains était le matériau le plus proche de cette grille. Le reste a suivi.

Ce que l'exposition raconte du marché

Un point mérite d'être dit franchement: les aliens de la rue ne sont plus vraiment à la rue. Ils se décollent, se revendent, se retrouvent en salle des ventes. L'artiste a répondu en changeant de colles, de plus en plus tenaces, pour que ses pièces restent où il les a mises. C'est une course perdue d'avance, et une exposition en intérieur est aussi une manière de reprendre la main sur ce qui se voit et sur ce qui se vend.

Le dispositif FlashInvaders complète le tableau. Depuis 2014, l'application transforme la chasse aux mosaïques en jeu de points: on photographie, on valide, on signale les pièces abîmées. C'est probablement l'invention la plus habile de l'artiste, parce qu'elle confie la surveillance de ses œuvres à ceux qui les aiment plutôt qu'à une institution.

Un quotidien barcelonais, « La Vanguardia », a consacré un sujet à l'événement, signe que l'affaire dépassait le cercle parisien. L'artiste a essaimé de Barcelone à Tokyo, de Los Angeles à Hong Kong, et même hors sol puisqu'une de ses pièces a rejoint la Station spatiale internationale. Le titre de l'exposition n'était donc pas qu'une image.

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