Hommage à Akira Toriyama, le génie derrière Dragon Ball, disparu à l'âge de 68 ans au Japon
Sommaire4 sections
En France, une génération entière a connu Akira Toriyama sans jamais lire son nom. Elle a vu Dragon Ball à la télévision en rentrant de l'école, sur TF1 à partir de 1988, bien avant que Glénat ne publie le manga en français en 1993. Le dessinateur est mort le 1er mars 2024 d'un hématome sous-dural aigu, à 68 ans ; Bird Studio, la structure qu'il avait fondée, l'a annoncé le vendredi 8 mars. Ce qu'il laisse tient surtout à une façon de dessiner, dont on retrouve la trace dans à peu près tout ce qui se publie aujourd'hui.
Un trait fait pour être lu vite
Toriyama vient du dessin publicitaire, pas des beaux-arts. Il a travaillé dans une agence de Nagoya avant de proposer ses planches au Shonen Jump, et ça se voit : ses personnages se reconnaissent à la silhouette, même en vignette. Le nez, les cheveux, la posture suffisent. C'est une compétence d'affichiste appliquée à un hebdomadaire.
Sa mise en scène des combats a fait école pour une raison technique. Là où beaucoup d'auteurs empilent les cases denses, il alterne des plans très lisibles et des pages presque vides où deux traits de vitesse portent tout le mouvement. Le lecteur suit sans effort. Des mangakas comme Eiichiro Oda ou Masashi Kishimoto ont dit publiquement ce qu'ils lui devaient.
Avant Goku, il y avait Dr Slump
La série qui l'a installé au Japon s'appelle Dr Slump, publiée de 1980 à 1984 : une comédie absurde autour d'une petite robote nommée Arale. Cette veine comique reste présente dans toute la suite : les premiers volumes de Dragon Ball sont d'abord une farce de voyage, librement tirée du roman chinois du XVIe siècle « La Pérégrination vers l'Ouest ». La bascule vers les tournois puis les combats intergalactiques est venue après, poussée en partie par un éditeur attentif aux votes des lecteurs.
Ce que l'hommage français a de particulier
Le 8 mars 2024, les réactions en France ont largement dépassé le milieu de la bande dessinée. C'est rare pour un auteur japonais, et cela tient à une histoire de programmation télé : le Club Dorothée a diffusé la série pendant des années, à une époque où trois chaînes se partageaient l'après-midi des enfants. Beaucoup de ceux qui ont écrit ce jour-là avaient entre 40 et 50 ans et parlaient d'un souvenir de 1990, pas d'une lecture récente.
Il n'était pas homme à occuper la scène : très peu d'entretiens, une autocaricature en robot à lunettes dans les marges de ses albums, une vie loin de Tokyo. Sa maison d'édition a précisé qu'il n'y aurait pas de cérémonie publique, conformément à ses volontés.
Un chantier laissé en cours
Au moment de sa mort, Toriyama était crédité à l'histoire originale de Dragon Ball Daima, série animée annoncée en octobre 2023. On ne sait pas dans quel état il laissait ses dossiers, et personne au Japon n'a voulu spéculer là-dessus dans les jours qui ont suivi. C'est sans doute la meilleure façon de refermer une carrière commencée en 1978 avec des planches envoyées par la poste à un concours d'amateurs : sans conclusion écrite d'avance.
Résumer cet article avec :
Partager :