Un vasele unique ? Quelles techniques artisanales assurent l’unicité ?

Un vasele unique ? Quelles techniques artisanales assurent l’unicité ?
Sommaire5 sections
  1. 01Le tour, le colombin, le moule : trois gestes, trois signatures
  2. 02La cuisson décide plus que le décor
  3. 03Le verre soufflé et la question du cristal
  4. 04Ce qui fait vraiment monter le prix
  5. 05Le dernier critère, qui n'est pas technique

Commençons par ce que personne ne dit dans les pages qui vendent des « vasele » : le mot n'existe pas en français. C'est du roumain. Vas désigne un récipient, et vasele en est le pluriel défini, « les récipients ». Aucune catégorie d'objet d'art ne porte ce nom, aucun atelier français ne l'emploie, et aucune technique particulière ne lui est propre. Ce qui suit répond donc à la vraie question, celle qui se cache derrière le mot : à quoi reconnaît-on un vase fait à la main, et qu'est-ce qui le rend effectivement unique ?

Le tour, le colombin, le moule : trois gestes, trois signatures

Un vase tourné se reconnaît à l'intérieur. Passez le doigt le long de la paroi interne : les stries hélicoïdales laissées par la pression des doigts pendant la montée sont toujours là, régulières mais jamais parfaitement identiques d'une pièce à l'autre. Sous le pied, on trouve souvent la trace du fil qui a détaché la pièce du tour, en spirale.

Le montage au colombin, plus ancien, donne des parois d'épaisseur légèrement variable et des formes qui échappent à la symétrie de révolution. C'est la technique des grands vases et des pièces asymétriques, celles qu'aucun tour ne pourrait produire.

Le coulage en moule, à la barbotine, est l'autre méthode. On verse une argile liquide dans un moule en plâtre qui absorbe l'eau, on vide l'excédent, on démoule. Elle produit de très beaux objets, mais elle est reproductible à l'identique : c'est là que se joue la différence. Le tell est presque toujours la couture de démoulage, une ligne verticale très fine que l'on sent au doigt sur deux côtés opposés, même quand elle a été poncée.

La cuisson décide plus que le décor

Le matériau se joue à la température. La faïence cuit autour de 1 000 degrés et reste poreuse : sans émail, elle laisse passer l'eau. Le grès monte entre 1 250 et 1 300 degrés, la pâte vitrifie et devient étanche par elle-même. La porcelaine grimpe encore, jusqu'aux environs de 1 400 degrés, ce qui explique sa translucidité et sa sonorité claire quand on la frappe du bout de l'ongle.

À ces températures, l'émail cesse d'être une couleur pour devenir une réaction chimique. Un même bain, appliqué au même moment, ne donnera pas le même rendu selon l'épaisseur déposée, la position de la pièce dans le four et l'atmosphère de cuisson, oxydante ou réductrice. Les cuissons au bois ou au raku poussent cette part d'aléa très loin : le potier choisit un cadre, pas un résultat. C'est la source d'unicité la plus forte, et la moins racontée.

Le verre soufflé et la question du cristal

Un vase soufflé à la canne porte lui aussi ses marques. Sous le pied, la trace de pontil, ce disque rugueux ou poli où la pièce était tenue pendant la finition du col. Dans la masse, quelques bulles minuscules et des irrégularités d'épaisseur qu'un verre pressé industriel n'a jamais. Le col, tourné à la main, n'est presque jamais d'une rondeur parfaite.

Sur le mot « cristal », la réglementation européenne est précise et il vaut la peine de la connaître avant d'acheter. L'appellation cristal supérieur au plomb suppose au moins 30 % d'oxyde de plomb, le cristal au plomb au moins 24 %, et les verres dits sonores ou cristallins descendent entre 10 et 24 %. En dessous, c'est du verre, ce qui n'a rien de honteux. Un vendeur qui emploie « cristal » sans jamais donner de pourcentage vend du verre.

Ce qui fait vraiment monter le prix

Le temps, avant tout. Un grand vase tourné se monte en plusieurs séances, avec des phases de séchage lent pour éviter les fentes, puis deux cuissons au minimum. Compter plusieurs jours de présence à l'atelier pour une pièce. À cela s'ajoute le taux de perte, que les acheteurs ignorent presque toujours : sur une fournée, une partie des pièces sort fendue, voilée ou avec un défaut d'émail, et le prix des survivantes intègre les autres.

Le dernier critère, qui n'est pas technique

Deux vases peuvent sortir du même atelier, du même émail et de la même fournée sans se ressembler. Ce qui les sépare relève du choix de la personne qui les a faits : une proportion, un col plus étroit qu'il ne devrait, une couleur qu'on n'attendait pas là. La technique explique comment une pièce peut être unique. Elle n'explique jamais pourquoi elle est belle.

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