Oseriez-vous plonger dans les eaux marines de Noël à Saint-Brévin et Pornichet cette saison ?
Sommaire5 sections
Oui, vous en êtes capable, et non, ce n'est pas anodin. L'eau de la baie tourne autour de 10 à 12 degrés à la fin décembre, ce qui met le corps en état de choc pendant les deux premières minutes et ne pardonne pas grand-chose à ceux qui entrent en courant. Le bain de Noël de Saint-Brévin, comme celui organisé du côté de Pornichet, n'est pas une épreuve sportive : c'est une trempette collective de quelques minutes, très encadrée, à laquelle des gens de tous âges participent chaque année. Ce qui distingue une bonne expérience d'une mauvaise tient à trois ou quatre gestes, et ils méritent d'être expliqués avant de parler des bonnets de Père Noël.
Ce que fait une eau à 11 degrés
Le contact déclenche un choc thermique : inspiration brutale, accélération du rythme cardiaque, respiration courte et rapide. Elle dure environ une à trois minutes, puis se calme. C'est ce moment-là qui pose problème, parce qu'une inspiration réflexe la tête sous l'eau fait avaler de l'eau de mer, et parce que la montée brusque de la pression artérielle est ce qui met en difficulté les personnes au cœur fragile.
Après ce passage, le froid attaque autre chose : la commande des mains et des avant-bras. En eau à 11 degrés, les doigts perdent en dextérité au bout de quelques minutes, et le geste de nage devient moins efficace sans qu'on s'en rende compte. C'est pour cette raison qu'un bain collectif se compte en minutes et se fait à hauteur d'homme, pas au large.
L'hypothermie arrive après, pas pendant
Le vrai refroidissement se joue une fois sorti. Le corps continue de perdre de la chaleur pendant vingt à trente minutes, le sang refroidi des membres revient vers le centre, et c'est souvent sur la plage, en discutant, que les tremblements s'installent. D'où le matériel qui compte davantage que la combinaison : un bonnet sec, une grande serviette ou un poncho, des vêtements chauds enfilés vite, des chaussures fermées, et une boisson chaude non alcoolisée.
L'alcool avant le bain est la mauvaise idée classique de ce type d'événement. Il dilate les vaisseaux, donne une sensation de chaleur trompeuse, accélère la perte de température et brouille le jugement au moment où il faudrait décider de sortir. Le vin chaud, c'est après, habillé.
Combinaison ou pas
La question revient à chaque édition. Une combinaison néoprène change tout : elle amortit le choc thermique et permet de rester dix ou quinze minutes au lieu de trois. Elle a un défaut, elle enlève une bonne partie de ce que les gens viennent chercher. Le compromis raisonnable, pour une première fois, ressemble à ça : pas de combinaison intégrale mais des chaussons néoprène si vous en avez, parce que le sable froid et les coquillages font plus de dégâts qu'on ne croit, et une sortie au bout de trois minutes montre en main.
Les nageurs réguliers en eau froide, eux, entrent sans rien et ressortent tout aussi vite. Leur avantage n'est pas la résistance au froid, c'est l'habitude du réflexe respiratoire. Le corps s'y adapte en quelques bains répétés, pas en un seul.
Qui devrait s'abstenir
Le message des organisateurs est constant d'une année sur l'autre, et il n'est pas décoratif. Les personnes suivies pour un problème cardiaque, une hypertension mal contrôlée, un antécédent d'accident vasculaire ou une épilepsie ont un avis médical à demander avant, pas après. Même chose pour une grossesse. Les enfants peuvent participer, mais accompagnés, dans l'eau moins longtemps que les adultes, et rhabillés en priorité : ils se refroidissent plus vite qu'un adulte, à surface de peau comparable.
Ce que ça donne sur place
L'ambiance ressemble peu à ce que promettent les affiches. Il y a beaucoup de monde debout sur le sable, beaucoup de bonnets rouges, un long moment d'attente en maillot dans le vent, puis une trentaine de secondes de cris collectifs quand le groupe entre dans l'eau. La partie mémorable dure moins longtemps que la préparation. Ceux qui reviennent chaque année le disent d'ailleurs sans détour : on y va pour le groupe, pas pour la baignade.
Un dernier point pratique. Prévoyez de vous garer loin et d'arriver en avance, les abords des plages se bouchent vite à cette période. Et laissez vos affaires sèches avec quelqu'un qui ne se baigne pas. Chercher son sac en tremblant sur une plage bondée est la fin de journée que personne ne raconte ensuite.
Résumer cet article avec :
Partager :