À Pornichet, les gravures dévoilent une poésie envoûtante
Sommaire6 sections
Une gravure ne se regarde pas comme un dessin. C'est une image imprimée, tirée à partir d'une plaque de cuivre, de zinc ou d'un bloc de bois que l'artiste a creusé, mordu à l'acide ou entaillé au canif, puis encré et passé sous presse. Cette différence de fabrication change tout ce qu'on voit : la marque du cuivre dans le papier, le noir qui se dépose en relief, le numéro au crayon en bas à gauche. À Pornichet, deux expositions du printemps 2025 permettaient de vérifier ça de près, à la Chapelle Sainte-Marguerite et à la médiathèque. Voilà ce qu'il fallait y chercher.
Ce qui distingue une estampe d'une reproduction
La question revient à chaque accrochage : pourquoi payer une image imprimée alors qu'une affiche coûte dix fois moins ? Parce qu'une estampe n'est pas une photocopie de l'œuvre, elle est l'œuvre. La plaque gravée n'existe que pour produire ces tirages, l'artiste les encre et les imprime lui-même le plus souvent, et le tirage est limité. Les chiffres au crayon sous l'image le disent : 4/30 signifie quatrième épreuve d'un tirage de trente. Les mentions EA, pour épreuve d'artiste, désignent les exemplaires que le graveur garde hors tirage.
En taille-douce, la plaque laisse une empreinte rectangulaire dans le papier humide, la cuvette. On la sent du bout du doigt, à deux centimètres du bord. Devant une reproduction, cette empreinte n'existe pas. C'est le test le plus rapide pour savoir ce qu'on a sous les yeux, et il ne demande aucune connaissance en histoire de l'art.
Michelle Quélard à la chapelle, entre trait et masse
Le travail présenté par l'association des Amis de la Chapelle Sainte-Marguerite oscillait entre figuration et abstraction. Ce va-et-vient est courant chez les graveurs, et il a une raison technique : selon qu'on travaille à la pointe sèche ou à l'aquatinte, on obtient soit un trait, soit une masse. La pointe sèche creuse directement le métal et laisse des barbes qui retiennent l'encre, d'où ces contours un peu veloutés. L'aquatinte, elle, produit des aplats granuleux, presque des lavis. Un même artiste passe de l'un à l'autre selon ce qu'il cherche, et une exposition bien accrochée le montre en quelques cadres.
Jean Bonnet, vingt-cinq ans de plaques
Enseignant et graveur, Jean Bonnet pratique l'estampe depuis près de vingt-cinq ans. Cette durée n'est pas anecdotique dans une discipline où le geste ne se rattrape pas : une entaille trop profonde ne se gomme pas, elle s'imprime. Les graveurs expérimentés parlent volontiers de leurs plaques ratées, qu'ils gardent parfois pour les regraver dix ans plus tard. Demander à voir une plaque, quand l'artiste est présent dans la salle, reste la meilleure façon de comprendre son travail. La plaque est en miroir de l'image finale, ce qui surprend toujours au premier coup d'œil.
À la médiathèque, l'illustration au lieu de la gravure
Le second volet, à la médiathèque de Pornichet, présentait les créations de Gaëtan Doremus. On change de registre : Doremus est illustrateur jeunesse, il travaille la couleur directe et l'album, pas la presse à taille-douce. Ranger les deux expositions sous une même bannière « poésie des gravures » brouille la lecture. Les enfants des écoles de la commune y participaient avec des portraits chinois et des ateliers d'écriture, ce qui a du sens pour un travail d'illustration, beaucoup moins pour une démonstration d'estampe, où l'acide et la presse interdisent de fait la manipulation par des classes entières.
Le reste de la saison culturelle
Ces deux accrochages s'inséraient dans une programmation municipale plus large, portée notamment par la salle de spectacle de la ville. Découvrir le programme donne les dates de la saison et les tarifs, ce qui reste le point de départ le plus fiable pour organiser une sortie sur un week-end.
Y aller, concrètement
Pour une exposition d'estampes, le meilleur moment est un après-midi de semaine : lumière naturelle correcte, peu de monde, et souvent l'artiste ou un membre de l'association disponible pour parler. Le détail des horaires de l'accrochage de Michelle Quélard à la Chapelle Sainte-Marguerite avait été publié en mars, avant l'ouverture. Un conseil qui vaut pour toutes les expositions de ce type : notez la date de fin, pas celle de début. C'est la seule qui vous fera bouger.
Résumer cet article avec :
Partager :