À Pornichet, un blockhaus se transforme en œuvre de street art
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Un blockhaus, on ne l'enlève pas. C'est la donnée de départ du chantier lancé à l'automne 2024 sur le sentier côtier de Pornichet, à la pointe de Congrigoux. Ces ouvrages du Mur de l'Atlantique sont des blocs de béton armé coulés d'un seul tenant, avec des parois qui atteignent deux mètres d'épaisseur. Les démolir coûte cher, salit la côte pendant des semaines et laisse des ferrailles dans le sable. Face à ce constat, la Ville a choisi la solution la moins coûteuse et la plus rapide : le faire peindre.
Huit mille euros contre un devis de démolition
Le budget annoncé pour la fresque tourne autour de 8 000 euros. C'est le prix de deux artistes, de la peinture, d'un nettoyage de support et de quelques jours de travail. Une démolition d'ouvrage bétonné en bord de mer, avec accès difficile, brise-roche hydraulique, évacuation des gravats et remise en état du cordon dunaire, se chiffre dans un tout autre ordre de grandeur, et suppose des autorisations que la commune n'obtiendrait pas facilement sur un espace littoral protégé.
Autre élément du calcul : la fréquentation. Le sentier côtier qui longe la pointe est l'un des itinéraires les plus empruntés de la commune, avec des passages estimés en centaines de milliers sur l'année entre les promeneurs, les coureurs et les touristes de la saison. Un bunker tagué à la bombe sur ce parcours, ce n'est pas la même carte postale qu'une fresque commandée. La collectivité paie ici autant pour l'image du sentier que pour l'art urbain.
Deux artistes, une technique qui joue avec le relief
Le travail a été confié à deux peintres, Lloeill et eskatone, qui interviennent sur les faces visibles depuis le chemin. Leur parti pris n'est pas de couvrir le béton d'un décor plat. Ils utilisent l'anamorphose : un motif déformé sur les différentes faces, qui ne se recompose correctement que depuis un point de vue précis. Le promeneur voit une image se former au fur et à mesure qu'il avance, puis se disloquer une fois qu'il a dépassé le bon angle.
Le choix est malin sur ce type de support. Un blockhaus n'a pas de mur plat : il a des embrasures, des chanfreins, des arêtes cassées par soixante-dix ans de vent et de sel, et souvent une inclinaison, parce que le sable a bougé sous la dalle. L'anamorphose transforme ces défauts en outils. Les motifs choisis renvoient aux îlots et à la végétation du bord de côte, ce qui ancre la peinture dans le paysage plutôt que de la poser dessus.
Peindre un vestige de guerre, ça se discute
Il faut dire que l'opération n'est pas neutre. Ces ouvrages ont été bâtis entre 1942 et 1944, en grande partie par des travailleurs requis, dans le cadre de la défense de la poche de Saint-Nazaire. Des associations de mémoire considèrent qu'un bunker recouvert de couleurs vives cesse d'être lisible comme trace de l'Occupation et devient un simple élément de décor. L'argument mérite d'être entendu, surtout dans un secteur où la poche de Saint-Nazaire n'a été libérée qu'en mai 1945, après le reste du pays.
Il y a une réponse, et elle tient à l'état des lieux avant travaux. Un blockhaus laissé nu sur un sentier fréquenté ne raconte rien à personne : sans panneau, sans date, sans plan, c'est un bloc gris que les passants contournent, que les uns taguent et que d'autres utilisent comme urinoir. Une fresque commandée arrête le regard. Reste à la commune d'y adjoindre une signalétique correcte, avec la date de construction et la fonction de l'ouvrage. C'est cette pièce du dispositif qui manque le plus souvent, et c'est la moins chère.
Combien de temps ça tient
Dernier point, rarement abordé au moment de l'inauguration : la durée de vie. À trente mètres de l'eau, une peinture prend les embruns, le sable porté par le vent et un ensoleillement direct sur les faces sud. Les fresques littorales se ternissent en quelques années et demandent des reprises. Si la Ville veut que l'investissement tienne, il lui faudra prévoir un budget d'entretien, ou accepter que l'œuvre vieillisse et disparaisse, ce qui, sur un blockhaus, n'est pas le pire des destins.
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