Débat houleux au Salon de l'agriculture : Emmanuel Macron sous le feu des critiques d'un exploitant agricole

a présence dans un premier temps annoncée des Soulèvements de la Terre a rapidement créé une levée de boucliers d'une partie du monde agricole. Ce jeudi soir, Arnaud Rousseau, le puissant président du principal syndicat agricole français, la FNSEA, avait publiquement décliné l'invitation du chef de l'État à ce rendez-vous à cause de la participation des Soulèvements de la Terre – qui n'avaient d'ailleurs toutefois pas, de leur propre aveu, reçu la moindre invitation officielle. "L'invitation par le PR [président de la République] au Salon de l'Agriculture d'un groupuscule dont la dissolution a été demandée par son propre gouvernement est une provocation inacceptable pour les agriculteurs, a ainsi écrit Arnaud Rousseau sur le réseau social X ce jeudi. J'avais accepté de participer à un débat. Dans ces conditions, je refuse de prendre part à ce qui ne sera qu'une mascarade." La pression s'accentue alors sur l'Élysée, alors que le syndicat a soutenu la contestation des agriculteurs partout en France cet hiver.
Sommaire4 sections
  1. 01Un débat mort avant de commencer
  2. 02L'exploitant qui a interpellé le président
  3. 03Ce que ça donnait vu de Loire-Atlantique
  4. 04Ce que la journée a montré

L'Élysée voulait un grand débat au Salon de l'agriculture. Le 24 février 2024, jour d'ouverture, il n'a pas eu lieu sous la forme annoncée. C'est cet écart qui raconte le mieux la journée : un format hérité du grand débat national de 2019, appliqué à une crise agricole qui ne se règle pas autour d'une table ronde, et un président pris à partie par un exploitant au milieu des allées du hall 4. Le reste (les huées, les barrières renversées, les images en boucle) découle de ce malentendu de départ.

Un débat mort avant de commencer

L'idée avait été rendue publique quelques jours plus tôt : réunir dans le salon même les syndicats agricoles, la grande distribution, les industriels et des représentants associatifs. L'invitation adressée aux Soulèvements de la Terre a fait basculer le projet. Pour la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, qui portaient le mouvement depuis janvier, s'asseoir en face d'un collectif que le gouvernement avait tenté de dissoudre l'année précédente n'était pas négociable. Ils ont dit non, et le format est tombé.

Reste que le fond n'avait pas grand-chose à voir avec la table. Ce que réclamaient les agriculteurs depuis six semaines de blocages, ce sont des prix. La loi Egalim, votée en 2018 et retouchée deux fois depuis, devait empêcher que le lait ou la viande se négocient sous le coût de production. Six ans plus tard, la Direction générale de la concurrence continue de sanctionner des industriels et des centrales d'achat pour non-respect des règles de négociation. Un débat de deux heures ne réécrit pas un contrat commercial.

L'exploitant qui a interpellé le président

Dans la matinée, un éleveur a coupé la parole au chef de l'État pour lui reprocher de venir chercher une image plutôt qu'une décision. La scène a tourné en boucle, filmée par une dizaine de téléphones. Elle n'a rien d'anecdotique : elle dit ce que beaucoup d'exploitants pensaient de la visite, à savoir qu'on leur demandait de fournir un décor.

Le président a répondu, longuement, debout dans le hall. Il est resté sur place jusqu'en fin d'après-midi, ce qui, pour un déplacement prévu comme une matinée, en dit long. Dans la journée, il a évoqué l'idée de prix planchers pour garantir un revenu aux producteurs, formule reprise partout le soir même et dont personne, ce jour-là, n'a su dire comment elle s'articulerait avec le droit européen de la concurrence.

Ce que ça donnait vu de Loire-Atlantique

Le département n'est pas un décor agricole de carte postale, c'est la deuxième région laitière française qui commence à ses portes. Entre le vignoble du pays nantais, les élevages du bocage et le maraîchage nantais sous serres, la crise ne se lit pas de la même façon selon l'exploitation. Un producteur de mâche vendant à une centrale d'achat et un éleveur laitier livrant à une coopérative n'ont pas le même adversaire dans la chaîne de valeur, et c'est une des raisons pour lesquelles les mots d'ordre nationaux se délitent une fois arrivés dans les cours de ferme.

Sur les marais salants de Guérande et dans les exploitations du littoral, un autre sujet montait déjà en 2024 sans jamais entrer dans le débat parisien : la pression foncière. Un hectare qui part en résidentiel ne revient jamais à l'agriculture, et sur la bande côtière la concurrence avec le tourisme ne se joue pas au même prix qu'en plaine.

Ce que la journée a montré

Il faut être honnête sur un point : cette journée n'a rien réglé, et personne, y compris au gouvernement, n'a prétendu le contraire le soir même. Elle a surtout révélé une chose sur la méthode. Quand un pouvoir répond à un conflit économique par un dispositif de dialogue, il pose sur la table la seule chose qu'il maîtrise, la parole, alors que le litige porte sur des marges. Les agriculteurs présents porte de Versailles ce samedi-là l'avaient compris avant tout le monde, et c'est pour cela qu'ils ont sifflé.

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