Donnez une seconde vie à vos sapins : un geste bénéfique pour nos dunes !

Sommaire5 sections
  1. 01Pourquoi un branchage et pas une barrière
  2. 02Ce que fait Pornichet, et où l'on dépose
  3. 03Le même geste, d'Anglet à la Gironde
  4. 04Un mot sur les proportions
  5. 05Et si l'on a acheté un sapin en pot

Un sapin déposé sur une dune ne fait pas repousser la dune. Il fait quelque chose de plus modeste et de plus mécanique : il casse la vitesse du vent au ras du sol, et le sable transporté retombe. C'est tout, et c'est déjà beaucoup sur un cordon littoral entamé par les tempêtes d'hiver. Comprendre ce mécanisme change la façon dont on rapporte son arbre après les fêtes, parce qu'il explique pourquoi une seule consigne compte vraiment : le sapin doit arriver nu.

Pourquoi un branchage et pas une barrière

Un obstacle plein, palissade ou muret, ne piège pas le sable : il l'accélère sur les côtés et creuse à sa base. Les gestionnaires du littoral travaillent depuis longtemps avec des structures poreuses, ganivelles en châtaignier plantées en lignes, fascines de branchages, filets. La branche de sapin appartient à cette famille. Elle laisse passer une partie du flux et ralentit le reste, ce qui produit un dépôt régulier plutôt qu'une accumulation instable.

L'autre intérêt du résineux tient à sa décomposition lente. Une branche de feuillu se déstructure en quelques semaines sous l'effet du sel et de l'humidité. Un rameau d'épicéa tient une saison complète, le temps que l'oyat prenne le relais. Car c'est bien l'oyat, cette graminée aux racines profondes, qui fixe durablement une dune. Le sapin ne fait que gagner le temps nécessaire à son installation.

Ce que fait Pornichet, et où l'on dépose

La commune organise la collecte de ses sapins avec des points de dépôt installés après les fêtes, et le détail des emplacements comme des dates est publié chaque année par la ville de Pornichet. Le principe local est le même que partout ailleurs sur la façade atlantique : les arbres collectés sont broyés, puis le branchage est épandu sur les secteurs dunaires jugés fragiles par les services techniques.

Sur la Côte d'Amour, l'épandage vise les cordons encore végétalisés en arrière de plage, là où il reste de l'oyat à protéger. Ce sont des espaces qu'on longe sans les regarder, entre le parking et le sable, et qui encaissent le plus gros d'un coup de vent d'ouest.

Le même geste, d'Anglet à la Gironde

L'opération n'a rien d'une originalité pornichétine. En janvier 2024, la ville d'Anglet collectait les sapins jusqu'au 20 janvier en partenariat avec les forestiers, pour renforcer des dunes attaquées par l'érosion. Le dispositif se retrouve sur toute la côte aquitaine, de la côte basque au Bassin d'Arcachon, où le recul du trait de côte se mesure en mètres par an sur certains secteurs.

En Gironde, la même collecte a été relayée en janvier 2024 par la presse régionale et nationale, dont Le Figaro. Le principe technique est décrit sans fioriture par l'Office national des forêts, qui gère une grande partie des forêts dunaires du littoral atlantique : les branchages retiennent le sable en mouvement durant l'hiver.

Un mot sur les proportions

Il faut résister à la tentation de présenter ce geste comme une réponse à l'érosion côtière. Il ne l'est pas. Le recul du trait de côte relève de l'élévation du niveau marin, de la fréquence des tempêtes, de l'artificialisation de l'arrière-plage et des ouvrages en dur qui privent les plages voisines de leur sédiment. Quelques milliers de sapins broyés ne pèsent rien face à cela, et personne parmi les gestionnaires ne prétend le contraire.

Ce que le geste fait bien, c'est autre chose. Il traite un déchet volumineux au bon endroit, il coûte quasiment rien à la collectivité, et il donne à voir un ouvrage de protection à des gens qui n'auraient jamais mis les pieds sur une dune autrement. Sur ce dernier point, l'effet pédagogique dépasse probablement l'effet physique.

Et si l'on a acheté un sapin en pot

La question revient chaque année et la réponse est moins glorieuse qu'espéré. Un sapin vendu en conteneur a le plus souvent été arraché puis rempoté, avec un système racinaire trop abîmé pour reprendre. Replanté au jardin, il sèche dans les mois qui suivent. Un arbre vendu en motte, racines intactes dans une boule de terre, a de vraies chances de repartir, à condition de ne pas avoir passé trois semaines à vingt degrés dans un salon.

Pour tous les autres, coupés, en plastique ou en pot douteux, la hiérarchie est simple : le sapin coupé part à la collecte communale, le sapin artificiel se garde une dizaine d'années avant d'être jeté, et le pot passe à la déchetterie. Le pire des scénarios reste le sapin abandonné sur un trottoir le 3 janvier, que les services municipaux ramassent en mélange et qui finit incinéré avec les encombrants.

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