État des lieux sur les avancées du service de collecte des déchets
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Deux chiffres résument l'état du service de collecte en France, et ils ne racontent pas la même histoire. Le premier est bon : 72 % des emballages ménagers ont été recyclés en 2021, soit trois points de plus qu'en 2020. Le second l'est beaucoup moins : la même année, le service public a ramassé 41,3 millions de tonnes de déchets, un volume qui ne baisse pas. Autrement dit, on trie mieux ce qu'on jette, mais on ne jette pas moins. Tant que ce deuxième chiffre reste plat, le premier ne suffira pas.
Ce que recouvre exactement le mot collecte
Le terme est trompeur parce qu'il désigne au moins quatre circuits différents, avec des coûts et des rendements sans rapport les uns avec les autres. Il y a le bac ordures ménagères résiduelles, ramassé en porte-à-porte, dont le contenu part en incinération ou en enfouissement. Il y a le bac de tri, dont les refus, un carton gras, un jouet cassé, un sac plastique noir, coûtent cher au centre de tri. Il y a les points d'apport volontaire, colonnes à verre en tête. Il y a enfin la déchetterie, qui capte à elle seule une part énorme du tonnage : gravats, déchets verts, encombrants, mobilier.
Cette répartition explique pourquoi comparer deux collectivités sur leur seul tonnage par habitant n'a pas grand sens. Une commune littorale avec beaucoup de jardins et de résidences secondaires affichera des chiffres de déchets verts et d'encombrants qui n'ont rien à voir avec ceux d'une ville dense. Sur la Côte d'Amour, le pic estival ajoute une contrainte supplémentaire : il faut dimensionner des tournées pour juillet et août, puis vivre le reste de l'année avec ce même matériel.
La simplification des consignes de tri, la vraie bascule
La réforme la plus concrète de ces dernières années n'est pas une technologie de centre de tri. C'est une phrase : tous les emballages se trient. Depuis le 1er janvier 2023, l'extension des consignes couvre l'ensemble du territoire, pots de yaourt, films, barquettes et sachets compris. Avant cela, l'usager devait mémoriser une liste de plastiques acceptés qui changeait d'une intercommunalité à l'autre, ce qui produisait mécaniquement des erreurs et du découragement.
Le revers, c'est que la simplification a déplacé le problème vers l'aval. Un centre de tri qui reçoit tous les plastiques doit savoir les séparer par résine, ce qui suppose des séparateurs optiques et une capacité horaire supérieure. Les collectivités qui ont pris du retard sur cette modernisation se retrouvent à transporter leurs collectes sélectives sur cinquante ou quatre-vingts kilomètres, avec le coût de transport correspondant.
Les biodéchets, le chantier que personne n'a fini
Depuis le 1er janvier 2024, toute collectivité doit proposer à ses habitants une solution de tri à la source des biodéchets. Sur le papier, c'est une obligation. Dans les faits, la mise en oeuvre est très inégale : certaines intercommunalités ont déployé des bornes de collecte en apport volontaire, d'autres ont distribué des composteurs individuels, d'autres encore en sont restées à une phase d'expérimentation sur quelques quartiers.
L'enjeu n'est pas mince. Les déchets alimentaires représentent près d'un tiers du contenu d'une poubelle grise ordinaire. Ce sont des matières lourdes, chargées en eau, que l'on paie pour incinérer alors qu'elles ne brûlent pas bien. Les sortir du bac gris fait baisser le tonnage résiduel, donc la facture de traitement, et améliore le rendement de l'incinération pour tout le reste. C'est l'un des rares gestes où l'intérêt écologique et l'intérêt financier de la collectivité pointent dans la même direction.
Qui paie, et selon quelle règle
La question du financement est celle qui fâche le plus en réunion publique. La majorité des communes françaises finance le service par la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, adossée à la valeur locative du logement. Concrètement, votre facture dépend de la surface de votre maison, pas du nombre de fois où vous sortez votre bac. Un couple de retraités dans une grande villa paie davantage qu'une famille de cinq personnes en appartement, alors qu'il produit moins de déchets.
La tarification incitative corrige ce défaut en facturant au nombre de levées ou au poids. Là où elle a été déployée, les tonnages résiduels ont baissé de manière nette dès la première année. Elle a aussi ses effets pervers, dont le tourisme du bac chez le voisin et une hausse des dépôts sauvages pendant la période de rodage. Ces effets s'estompent, mais ils rendent la décision politiquement coûteuse à porter en début de mandat.
Où trouver les chiffres bruts
Les données nationales sont publiées par l'ADEME, qui actualise sa série sur les déchets ménagers et assimilés tous les deux ans, et par le service statistique du ministère de la transition écologique. Au niveau local, le document à demander est le rapport annuel sur le prix et la qualité du service, que chaque collectivité compétente doit produire et rendre public. Il contient les tonnages par flux, le coût à la tonne et le détail des refus de tri, c'est-à-dire tout ce qu'une campagne de communication ne dit pas.
Pour compléter, deux ressources en accès libre : État des lieux sur les déchets en France pour une synthèse chiffrée, et Outils d'évaluation des déchets pour la méthode de diagnostic utilisée dans le logement social.
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