Etes-vous victime de l'injustice énergétique ?
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Il faut commencer par corriger un malentendu très répandu : le bouclier tarifaire n'a jamais été une aide sous conditions de ressources. Un cadre supérieur de La Baule chauffé au gaz de ville en a profité exactement comme son voisin au SMIC. La ligne de partage passait ailleurs, et c'est elle qui a créé les vrais laissés-pour-compte de 2022 et 2023 : elle passait par l'énergie que vous brûlez et le contrat que vous avez signé.
Le premier groupe d'exclus : ceux qui ne brûlent ni gaz de réseau ni électricité
Autour de Saint-Nazaire, dès qu'on quitte le tissu urbain pour Besné, Saint-Malo-de-Guersac ou les hameaux de la Brière, le fioul et le propane en citerne restent très présents. Ces deux énergies n'ont jamais eu de tarif réglementé, donc rien à geler. Un ménage au fioul a vu le prix du litre grimper au-delà de 1,50 euro à l'automne 2022, sur une cuve qu'on remplit d'un coup, souvent 1 000 litres. La facture arrive en une fois, en octobre, et elle a parfois doublé d'une année sur l'autre.
L'État a répondu par des chèques ponctuels : un chèque fioul de 100 à 200 euros, un chèque bois de 50 à 200 euros pour les foyers chauffés aux bûches ou aux granulés. Sur une dépense annuelle de chauffage passée de 1 200 à 2 200 euros, l'ordre de grandeur ne compense pas. Et il fallait cette fois faire la demande en ligne, avec numéro fiscal et facture à l'appui, avant une date limite. Beaucoup de personnes âgées ne l'ont jamais faite.
Le deuxième groupe : ceux qui avaient quitté le tarif réglementé
Entre 2018 et 2021, des milliers de foyers ont basculé vers une offre de marché à prix indexé, souvent démarchée par téléphone, avec la promesse de dix pour cent de moins que le tarif EDF. Quand les prix de gros ont explosé fin 2021, certains fournisseurs ont résilié leurs contrats ou renvoyé leurs clients vers des tarifs de secours. D'autres ont appliqué des hausses violentes, hors bouclier, parce que celui-ci portait sur le tarif réglementé et sur les offres qui y étaient indexées.
Retourner au tarif réglementé était possible pour un particulier, gratuitement et à tout moment. Encore fallait-il savoir que la porte existait. Le médiateur national de l'énergie a vu ses saisines augmenter fortement sur cette période, ce qui donne une idée du nombre de gens perdus dans leur contrat.
Le troisième groupe : ceux qui ne sont pas titulaires du compteur
Résidents de foyers-logements, locataires en meublé avec charges forfaitaires, occupants d'habitations légères, gens du voyage sur terrain aménagé, habitants de résidences de tourisme reconverties en logement à l'année, ce qui existe sur le littoral atlantique plus qu'on ne l'imagine. Aucun de ces occupants n'a de contrat à son nom. Le bouclier s'est appliqué au gestionnaire, qui répercutait ou non.
Ce qu'on peut faire quand on tombe dans un trou du dispositif
Le premier réflexe est le Fonds de solidarité pour le logement, géré par le département. En Loire-Atlantique, il prend en charge des impayés d'énergie sous conditions de ressources, et le dossier se monte avec le CCAS de la commune ou une assistante sociale de secteur. C'est du cas par cas, pas un barème automatique, et le taux de non-recours reste élevé faute de gens qui savent que ça existe.
Le deuxième réflexe est la mensualisation avec révision. Un fournisseur qui a sous-estimé vos mensualités vous envoie une régularisation à quatre chiffres en fin d'année. Faire relever son compteur et réajuster en cours de saison évite l'effet de choc.
Le troisième est le plus lent mais le seul qui tienne : sortir du fioul. MaPrimeRénov' et les Certificats d'économies d'énergie couvrent une part réelle du coût d'une pompe à chaleur ou d'une chaudière biomasse, avec des montants nettement plus élevés pour les ménages modestes. L'espace France Rénov' du secteur donne un conseil gratuit et indépendant, ce qui vaut mieux qu'un démarcheur au téléphone.
Le mot d'après
Le bouclier tarifaire a coûté des dizaines de milliards d'euros au budget de l'État et il a évité une crise sociale majeure sur le gaz et l'électricité. Sa logique, protéger un tarif administré, laissait forcément dehors tous ceux qui ne dépendent d'aucun tarif administré. L'angle mort tient à l'outil choisi, et il recouvrait à peu près la France rurale chauffée au fioul et au bois. Chercher des coupables du côté des fournisseurs revient à se tromper de sujet : le dispositif a fait ce pour quoi il était écrit, et rien de plus.
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