La maison en bois : le secret pour sauver la planète ?
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Le bois isole mal. C'est la première chose à dire, parce que c'est l'argument qu'on entend partout et c'est le plus fragile de tous. Un mur en bois massif laisse passer la chaleur bien plus lentement qu'un mur de béton, d'accord, mais bien plus vite qu'un panneau de laine de bois de la même épaisseur. Une maison à ossature bois est chaude l'hiver parce qu'on a glissé vingt centimètres d'isolant entre les montants, pas parce que les montants sont en bois. L'argument écologique qui tient la route est ailleurs : il est dans le carbone que la charpente garde enfermé pendant cinquante ans, et dans une réglementation qui, depuis 2022, compte ce carbone.
La RE2020 a déplacé le débat vers le chantier
Jusqu'en 2021, la réglementation thermique regardait la maison finie et sa facture de chauffage. La RE2020, appliquée aux logements neufs depuis le 1er janvier 2022, compte aussi les émissions du chantier : le béton coulé, les camions, les menuiseries, la peinture. Elle durcit ce seuil par paliers, en 2025 puis en 2028 et 2031. C'est ce calendrier, beaucoup plus que la conscience écologique des maîtres d'ouvrage, qui explique pourquoi les constructeurs de la presqu'île se sont mis à proposer des murs à ossature bois sur des projets où ils vendaient du parpaing cinq ans plus tôt.
Sur un chantier de maison individuelle, le changement se voit surtout au calendrier. Les murs arrivent en panneaux préfabriqués, montés à l'atelier avec l'isolant et parfois les fenêtres déjà posées. Une équipe de quatre personnes ferme le clos et le couvert en trois ou quatre jours, quand le maçonné demande des semaines de séchage. Sur la côte, entre novembre et mars, ce n'est pas un détail.
Le bois local, sur la façade atlantique, se heurte à un problème d'essences
La consigne « privilégiez les essences locales » se répète partout sans qu'on dise ce qu'elle coûte. Les Pays de la Loire produisent surtout du peuplier, du chêne et du pin maritime. Le peuplier ne fait pas de la structure. Le chêne coûte cher et travaille. Le pin maritime des Landes convient, mais la plus grande partie des ossatures montées en France arrive d'épicéa scandinave ou allemand, parce que la filière du sciage de structure calibré s'y est installée il y a quarante ans et que la nôtre a fondu.
Entre un épicéa autrichien certifié PEFC arrivé par train et un chêne local scié dans un atelier au diesel, le bilan n'est pas joué d'avance. La certification FSC ou PEFC dit comment la forêt est gérée, elle ne dit rien du transport. Demandez les deux au constructeur, et regardez s'il sait répondre.
Le confort d'été, angle mort de la maison en bois
Une maison à ossature bois monte vite en température. La masse des murs est faible, rien n'absorbe la chaleur de la journée, et un mois d'août comme celui de 2022 se ressent tout de suite à l'étage sous rampants. La RE2020 impose d'ailleurs un calcul d'inconfort d'été qui recale des projets bois mal orientés.
Les parades coûtent moins cher qu'une climatisation : volets ou brise-soleil sur les baies au sud et à l'ouest, dalle basse carrelée pour garder un peu de masse, ventilation qui permette un balayage nocturne. Un constructeur qui vous vend du bois sans parler de protections solaires ne fait pas son travail.
Le prix, la sécurité incendie, l'entretien
Le surcoût de la construction bois tourne autour de 5 à 15 % par rapport au parpaing, à prestation égale. Il se réduit sur un terrain en pente, parce que les fondations sont plus légères, et se creuse dès qu'on empile lambris et charpentes apparentes. Avec du placo et un enduit extérieur, une maison bois ressemble à n'importe quelle autre, et coûte à peu près pareil.
Sur l'incendie, l'idée reçue mérite d'être renversée. Le bois brûle, personne ne le nie, mais il brûle lentement et de façon prévisible : de l'ordre de 0,7 mm par minute pour un résineux. La couche carbonisée protège le coeur de la poutre, qui tient bien plus longtemps qu'une poutrelle métallique : celle-ci se ramollit et plie autour de 500 degrés, sans prévenir. Les calculs de charpente intègrent cette perte de section.
Alors, sauver la planète ?
Non, pas à ce niveau-là. Le carbone stocké dans une charpente est réel, mais il repart dans l'atmosphère le jour où la maison est démolie et le bois brûlé. Le gain n'en est un que si la maison dure et si le bois est réemployé, ce qui suppose des assemblages démontables plutôt que de la colle. Personne ne conçoit une maison individuelle pour son démontage.
Ce qui reste vrai, une fois ce rabot passé : construire en bois émet moins que construire en béton, le chantier est plus court et plus propre, et la filière donne du travail à des charpentiers plutôt qu'à des cimenteries. C'est déjà un bon motif de choisir ce mode constructif. Le présenter comme un geste qui sauve le climat, en revanche, est un argument de commercial, et il dessert les vraies raisons.
Trois questions à poser avant de signer
Quelle est l'épaisseur d'isolant, et lequel ? C'est cette ligne qui détermine votre facture de chauffage, pas le mot « bois » sur le devis. Fibre de bois et ouate de cellulose se comportent mieux que la laine minérale sur le déphasage estival, pour un prix légèrement supérieur.
Quelle est la garantie sur le bardage, et sur quoi porte-t-elle ? Beaucoup de garanties couvrent le produit et pas la pose, qui est pourtant l'endroit où ça casse.
Le constructeur a-t-il des chantiers livrés depuis dix ans dans le secteur ? Demandez une adresse, allez voir la façade ouest.
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