Évolution du service de collecte des déchets : un état des lieux complet

Sommaire6 sections
  1. 01Le chiffre mondial n'a rien à faire dans un article français
  2. 02Ce qui a réellement bougé depuis l'extension des consignes de tri
  3. 03La déchèterie, angle mort du discours sur le tri
  4. 04Les critiques de la Cour des comptes
  5. 05Les déchets verts, ce cas particulier qui coûte cher
  6. 06Ce qu'un habitant peut faire qui change quelque chose

Un « état des lieux » de la collecte des déchets aligne en général quatre ou cinq pourcentages, et le lecteur se fait avoir là. Plus 29 % de collecte séparée, plus 58 % en déchèterie, moins 19 % d'ordures ménagères résiduelles : ces chiffres circulent depuis 2023 sans qu'on dise presque jamais sur quelle période ni par rapport à quelle base. Un pourcentage sans dénominateur ne se discute pas, il s'admire. Cet article prend le problème par l'autre bout : ce que ces variations changent, ou ne changent pas, pour une poubelle réelle sortie un mardi soir sur la presqu'île.

Le chiffre mondial n'a rien à faire dans un article français

On lit souvent, dans le même paragraphe, que plus de 90 % des déchets brûlés à l'air libre ou déversés dans des décharges sauvages proviennent de pays à faible revenu. La donnée est exacte, elle vient d'un travail de la Banque mondiale publié en 2018, consultable ici. Elle décrit les villes où la collecte n'atteint pas la moitié des habitants.

Elle n'éclaire strictement rien sur le tri d'un immeuble de Pornichet. Les rapprocher donne l'impression d'un continuum alors qu'il s'agit de deux systèmes sans rapport : d'un côté l'absence de service, de l'autre l'optimisation d'un service qui existe depuis cinquante ans. Ce collage est un tic d'écriture, pas une analyse.

Ce qui a réellement bougé depuis l'extension des consignes de tri

La transformation la plus concrète de ces dernières années tient à l'extension des consignes de tri à tous les emballages plastiques. Pots de yaourt, films, barquettes, sacs : ce qui partait à l'incinération va désormais dans le bac jaune. Le geste est plus simple pour l'habitant, ce qui explique la plus grande part de la hausse des flux séparés.

Le revers est industriel. Les centres de tri ont dû être reconstruits ou fortement modernisés pour séparer des matières plus légères, plus sales et plus mélangées. Un centre conçu pour du carton et des bouteilles ne trie pas correctement un film plastique souillé. Ces chantiers coûtent cher et prennent plusieurs années, et c'est la raison pour laquelle l'extension des consignes s'est étalée sur tout le territoire au lieu d'entrer en vigueur partout le même jour.

La déchèterie, angle mort du discours sur le tri

La hausse la plus spectaculaire du lot, celle des apports en déchèterie, dit surtout que les ménages y vont plus souvent. Cela traduit un vrai transfert de flux, avec des encombrants et des gravats qui ne finissent plus au bord d'un chemin, et aussi des ménages qui achètent, jettent et rachètent plus vite.

Sur la Côte d'Amour, les déchèteries connaissent en plus une saisonnalité brutale. Les résidences secondaires se vident en septembre, et le mois qui suit voit défiler mobilier de jardin, matelas et cartons de déménagement. Les agents de déchèterie le savent : leur pic n'est pas celui du calendrier national.

Les critiques de la Cour des comptes

Le rapport public annuel de 2023 a émis des réserves sur la gestion du service public des déchets ménagers en France. Le point le plus dérangeant ne concerne pas le tri mais le financement. La taxe d'enlèvement des ordures ménagères, assise sur la valeur locative du logement, n'a aucun rapport avec le volume de déchets produit par le foyer. Une personne seule dans un grand appartement paie plus qu'une famille de cinq dans un petit.

La tarification incitative, qui facture selon le nombre de levées ou le poids, corrige ce défaut. Elle reste minoritaire en France, et son déploiement bute sur une objection sérieuse : le risque de dépôts sauvages dans les premières années. Les collectivités qui l'ont mise en place constatent en général une baisse des ordures résiduelles, avec un tassement au bout de trois ou quatre ans.

Les déchets verts, ce cas particulier qui coûte cher

La baisse de 1 % des déchets verts est le chiffre le moins commenté et le plus révélateur. Sur un littoral pavillonnaire comme celui de Pornichet ou de La Baule, les tontes et les tailles de haies représentent un volume considérable, transporté par des milliers de trajets individuels vers la déchèterie.

Le broyage sur place et le paillage règlent une bonne partie du problème, sans camion et sans plateforme de compostage. La technique n'a rien de nouveau, c'est l'habitude qui manque. Les collectivités qui prêtent des broyeurs aux particuliers voient leurs apports diminuer, mais l'équipement reste rare et souvent réservé aux communes rurales.

Ce qu'un habitant peut faire qui change quelque chose

Le compostage arrive largement en tête. Les déchets alimentaires représentent près d'un tiers du contenu d'une poubelle grise moyenne, et ils sont lourds et humides, ce qui pèse sur les tonnages et sur les coûts de transport. Un composteur au fond du jardin retire ce tiers du circuit sans aucun camion.

Viennent ensuite des gestes moins spectaculaires : refuser les prospectus, acheter en vrac ce qui s'y prête, et ne pas glisser les recyclables dans un sac plastique fermé, qui repart en refus de tri. Le reste relève des industriels et de la réglementation, pas du bac jaune de l'entrée.

Reste une question que ces bilans annuels n'abordent jamais franchement : le meilleur déchet est celui qu'on ne produit pas, et aucun indicateur de collecte ne sait mesurer ça. Un service qui trie mieux d'année en année peut très bien accompagner une production totale qui ne baisse pas. Tant qu'on publiera des pourcentages de collecte plutôt que des kilos par habitant, on confondra progrès logistique et progrès environnemental.

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