la danse et le cirque sous les projecteurs
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Quand une saison culturelle annonce un spectacle de cirque, beaucoup de spectateurs imaginent encore un chapiteau, une piste, des animaux et un présentateur en habit rouge. Ils achètent en réalité tout autre chose : une heure et quart sur un plateau de théâtre, sans texte ou presque, où des acrobates travaillent comme des danseurs et où la frontière entre les deux disciplines a disparu depuis vingt ans. Cet article explique ce qu’il y a derrière le mot « cirque » sur une affiche d’aujourd’hui, comment lire les termes du programme, et quoi en attendre concrètement quand on réserve à Pornichet ou dans les environs.
1768, et pas la nuit des temps
Une légende tenace fait remonter le cirque à des rituels immémoriaux et aux danses de village. C’est joli et c’est faux. Le cirque moderne a une date de naissance et un fondateur : Londres, 1768, quand l’écuyer Philip Astley délimite une piste circulaire pour y présenter de la voltige équestre. Le cercle n’a rien de symbolique, il vient du cheval : c’est le diamètre qui laisse un cavalier tenir debout sur sa monture au galop. Les acrobates, les clowns et les numéros aériens se sont greffés ensuite autour de ce dispositif.
La danse a suivi une trajectoire séparée, académique, passée par les cours royales puis par les ballets d’opéra. Les deux mondes se sont ignorés pendant deux siècles : d’un côté des interprètes formés au conservatoire, de l’autre des familles de circassiens qui transmettaient un agrès de génération en génération. Leur rencontre est récente.
Le moment où les deux disciplines se sont mélangées
Le basculement s’est joué en deux temps. Dans les années 1970 et 1980, des compagnies comme le Cirque Bonjour, le Cirque Plume ou Archaos jettent l’enchaînement de numéros par-dessus bord et racontent une histoire du début à la fin, musique jouée sur scène et souvent sans un seul animal. Dans les années 1990 et 2000, la génération formée dans les écoles nationales va chercher des chorégraphes pour écrire ses mouvements.
Depuis, la porosité est complète. Rachid Ouramdane, chorégraphe qui dirige le Théâtre national de la Danse de Chaillot depuis 2021, fait travailler des grimpeurs et des acrobates dans ses pièces. Yoann Bourgeois construit des machines à chuter et à rebondir dont on ne saurait pas dire si elles relèvent de la danse ou de l’agrès. La compagnie XY, elle, monte des portés acrobatiques à vingt interprètes qui ressemblent davantage à une pièce chorégraphique qu’à un numéro de voltige. Pour voir concrètement à quoi ressemble ce croisement, la collection de l'ARTCENA met en ligne des captations et des rencontres consacrées précisément à ce sujet.
Ce qui change concrètement pour qui achète un billet
Premier point, la durée : une pièce de cirque contemporain tient entre une heure et une heure trente, sans entracte, contre deux heures et demie avec buvette pour un cirque traditionnel. Deuxième point, les animaux : il n’y en a presque jamais.
Troisième point, l’âge indiqué. Les mentions « à partir de 8 ans » sur les programmes ne sont pas décoratives : une pièce sans parole, lente, avec des noirs longs et une bande-son abstraite perdra un enfant de quatre ans même si des acrobates y font des saltos. Fiez-vous à l’indication, elle est rarement erronée.
Quatrième point, la place. Le chapiteau égalise les points de vue, une salle à l’italienne non : les aériens se jouent en hauteur et les premiers rangs obligent à lever la tête pendant une heure. Le milieu de salle, un peu surélevé, reste le meilleur compromis.
Où voir ce répertoire sur la Côte d’Amour
La programmation locale mêle les deux registres sans toujours le dire. La saison de la salle municipale, dont nous détaillons chaque année les temps forts du Quai des Arts à Pornichet, accueille régulièrement des formes qui relèvent autant du plateau chorégraphique que de la piste. L’été, le rendez-vous change de nature : le festival des Renc’arts, dont la 29e édition s’est tenue à Pornichet, sort les compagnies dans l’espace public, sur le port, les places et le front de mer. Ce n’est pas le même contrat : dehors, on regarde debout, on entre et on sort, et la forme est plus courte.
Le voisinage aide aussi : Saint-Nazaire et Guérande programment du cirque de création, et plusieurs compagnies de la région passent par des résidences avant de tourner. Une sortie de résidence coûte moins cher qu’une date de tournée, parfois rien du tout, pour un travail déjà abouti aux neuf dixièmes.
Un mot sur les chiffres qu’on voit circuler
On lit régulièrement que sept Français sur dix assisteraient à un spectacle chaque année. Ce chiffre circule sans source et ne résiste pas à l’examen : les enquêtes sur les pratiques culturelles donnent des taux de fréquentation du spectacle vivant nettement plus bas, très inégaux selon le diplôme, le revenu et la distance à une salle. Ce qui est vérifiable, c’est qu’une commune de moins de 12 000 habitants qui entretient une salle et un festival d’été offre un accès que beaucoup de villes plus grandes n’ont pas.
Reste le plaisir du truc, difficile à défendre par des données. Un porteur qui rattrape une voltigeuse à un mètre du sol produit dans une salle un silence particulier, celui d’un public qui a vraiment eu peur. Aucune captation vidéo ne le restitue, et c’est la seule bonne raison d’y aller en vrai.
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