La Réalité Virtuelle: Un Voyage Vers L'avenir
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Du 12 au 14 avril 2023, Laval Virtual a ouvert ses portes pour la vingt-cinquième fois. Le paradoxe de cette édition tient en une phrase : le salon était plein alors que la réalité virtuelle grand public traversait sa pire année depuis le lancement du premier Oculus. Ce n’est pas contradictoire. Le marché s’est déplacé, il a quitté le salon des particuliers pour l’atelier, la salle de formation et le bureau d’études, et Laval l’avait compris avant la plupart des observateurs.
Ce que disait déjà le calendrier de 2022 et 2023
Deux mois avant le salon, Sony sortait le PlayStation VR2 à 599 euros, plus cher que la console à laquelle il se branche. À l’automne précédent, Meta avait fait passer le Quest 2 de 349 à 449 euros, une hausse de prix sur un produit vieux de deux ans, ce qui ne se voit pas souvent dans l’électronique grand public. Le Quest Pro, lancé en octobre 2022 à 1 799 euros en France, visait ouvertement les entreprises. Et à Menlo Park, la division Reality Labs alignait les milliards de dollars de pertes trimestrielles pendant que le reste de l’entreprise licenciait.
Le casque d’Apple, lui, n’existait encore que sous forme de rumeur en avril 2023 : l’annonce du Vision Pro est arrivée deux mois plus tard, en juin. Dans les allées, on en parlait comme d’un serpent de mer.
Sur le salon, le joueur n’était plus le client
En parcourant les stands, la proportion se voyait à l’œil nu : la démonstration ludique servait d’accroche, mais le contrat se signait ailleurs. Formation à la soudure, à la conduite d’engins, aux interventions sur poste haute tension. Exercices d’évacuation pour les pompiers. Répétition d’un geste chirurgical. Visite d’un bâtiment qui n’est pas encore sorti de terre, avec le maître d’ouvrage qui découvre que le couloir est trop étroit avant qu’on ait coulé la dalle.
Le point commun de ces usages : ils remplacent quelque chose de cher, de dangereux ou d’impossible à répéter. Former un opérateur à un geste rare sur la vraie machine coûte un arrêt de production. En casque, on recommence trente fois. Le calcul se fait sur un tableur, pas sur une envie.
Ce qui coince, et dont on parle moins dans les communiqués
Le confort d’abord. Une session dépasse rarement vingt minutes sans que quelqu’un ait chaud, ait mal au cœur ou demande à enlever le casque. Le mal du simulateur touche une part non négligeable des utilisateurs, et personne ne l’a encore résolu proprement.
La logistique ensuite, et c’est le sujet dont les acheteurs se rendent compte trop tard. Un parc de vingt casques, ça se charge, ça se met à jour, ça se désinfecte entre deux utilisateurs, ça se réappaire quand une manette ne répond plus, et ça demande un référent dans l’entreprise. Beaucoup de projets meurent là, pas sur la technologie mais sur la demi-journée par semaine que personne n’a prévue.
La réalité mixte, la vraie nouveauté de cette édition
Le mot qui revenait le plus souvent dans les allées, davantage que « métavers », c’était « passthrough » : les caméras du casque retransmettent la pièce autour de vous, et les objets virtuels viennent s’y poser. On voit ses mains, sa table, son collègue. Le rendu restait granuleux en 2023, mais l’intérêt sautait aux yeux pour les usages professionnels, où l’opérateur doit garder un pied dans la vraie machine.
Du côté de la réalité augmentée pure, HoloLens 2 tenait toujours les stands industriels, mais l’ambiance était moins enthousiaste : Microsoft venait de tailler dans ses équipes de réalité mixte au début de l’année, et personne ne savait dire si un successeur sortirait. Les technologies de captation de mouvement, elles, ont progressé sans faire de bruit, avec des solutions optiques qui se posent en une heure là où il fallait une journée cinq ans plus tôt.
Pourquoi ce salon est à Laval et pas ailleurs
Laval compte un peu moins de 50 000 habitants et n’a aucune raison évidente d’accueillir le plus vieux salon européen de réalité virtuelle. Le pari date de 1999, porté par des élus locaux et une poignée de chercheurs, à une époque où le casque coûtait le prix d’une voiture et pesait sur la nuque. Vingt-quatre ans plus tard, la ville a une école d’ingénieurs, un tissu de studios et un rendez-vous que les industriels allemands et japonais mettent dans leur agenda. Pour un habitant de la Loire-Atlantique, c’est deux heures de route, et c’est le seul endroit en France où l’on peut essayer en trois jours ce que les fabricants montrent le reste de l’année sous accord de confidentialité.
Mon impression au sortir de ces trois jours : la promesse d’un casque dans chaque salon a pris dix ans de retard, et il n’est pas certain qu’elle arrive un jour sous cette forme. Ce qui marche déjà, c’est plus modeste et plus solide. Un opérateur qui répète un geste. Un architecte qui montre un volume à son client. Ça ne fait pas rêver dans une conférence, mais ça se facture.
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