La Ville de Pornichet se prépare à porter plainte contre les tags le long de ses rues

Sommaire5 sections
  1. 01Ce que dit la loi, précisément
  2. 02La plainte sert surtout à chiffrer
  3. 03Effacer vite, la seule tactique qui a fait ses preuves
  4. 04Le mur d'expression libre, une idée moins simple qu'elle en a l'air
  5. 05Un enjeu de saison sur une commune balnéaire

Porter plainte contre des tags, quand on est une commune, ne sert presque jamais à retrouver l'auteur. Autant le dire tout de suite, parce que c'est la question que tout le monde se pose en lisant l'annonce faite par la Ville de Pornichet en janvier 2025. Une bombe de peinture ne laisse ni empreinte exploitable ni témoin, et les faits se produisent la nuit. Le dépôt de plainte a d'autres fonctions, moins spectaculaires et plus utiles : ouvrir un dossier, chiffrer le préjudice, et être en position de réclamer quelque chose le jour où quelqu'un est interpellé.

Ce que dit la loi, précisément

Le texte applicable est l'article 322-1 du code pénal. Son deuxième alinéa vise le fait de tracer des inscriptions, des signes ou des dessins sans autorisation sur les façades, les véhicules, les voies publiques ou le mobilier urbain. Quand le dommage reste léger, la peine encourue est de 3 750 euros d'amende et un travail d'intérêt général.

Si la dégradation dépasse le dommage léger, on bascule sur le premier alinéa et les peines montent à deux ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende. Le fait que le bien visé soit destiné à l'utilité publique constitue une circonstance aggravante prévue par le code. Un tag sur un mur de gymnase municipal, sur un panneau de signalisation ou sur un ouvrage d'art n'est donc pas traité comme un tag sur une palissade privée.

La distinction entre dommage léger et dommage plus grave se joue sur la nature du support et le coût de remise en état. Une peinture acrylique sur un enduit lisse s'efface. La même bombe sur de la pierre poreuse, sur un bardage bois ou sur un vitrage antigraffiti déjà usé se règle par un remplacement.

La plainte sert surtout à chiffrer

Voilà l'usage principal. Une commune qui dépose plainte constitue un dossier avec les photos, les dates et surtout les factures de nettoyage. Le jour où un auteur est identifié, elle se constitue partie civile et réclame le remboursement des frais engagés. Sans plainte préalable, ce chiffrage n'existe pas et la collectivité paie sans rien récupérer.

Le nettoyage coûte plus cher que ce que les gens imaginent. Il faut une équipe, un véhicule, un nettoyeur haute pression avec produit adapté au support, parfois une nacelle. Compter en heures d'agents, pas en tubes de peinture. Sur une commune de la taille de Pornichet, ces interventions occupent des agents qui ne font pas autre chose pendant ce temps.

Effacer vite, la seule tactique qui a fait ses preuves

Les gestionnaires d'espaces publics le répètent depuis des années : un tag effacé sous 48 heures décourage la récidive sur le même mur, un tag laissé trois mois en appelle cinq autres. La logique est celle du tagueur, pas celle de l'esthétique urbaine. Ce qu'il cherche, c'est la visibilité et la durée d'exposition. Un mur nettoyé le lendemain matin ne rapporte rien.

Cette réactivité a un prix et suppose un signalement rapide. Beaucoup de communes ouvrent pour ça un formulaire en ligne ou un numéro dédié, et acceptent d'intervenir gratuitement sur les façades privées visibles depuis la voie publique, avec l'accord écrit du propriétaire. C'est une dépense qui se justifie mieux qu'une campagne de communication sur le civisme.

Le mur d'expression libre, une idée moins simple qu'elle en a l'air

L'objection arrive toujours : plutôt que de sanctionner, offrez des surfaces légales. Des villes l'ont fait, avec des résultats inégaux. Un mur d'expression libre bien placé, entretenu, connu des graffeurs, fonctionne. Mal placé, dans une zone sans passage, il ne sert à rien : la peinture illégale cherche exactement ce que le mur officiel n'a pas, le risque et la visibilité.

Il faut aussi cesser de confondre deux pratiques. Le graffeur qui passe six heures sur une fresque et le tagueur qui pose son blaze à la bombe sur trente supports en une nuit ne font pas le même geste et ne cherchent pas la même chose. Une commande de fresque murale sur un pignon aveugle règle le premier cas et n'a aucun effet sur le second. Les deux réponses coexistent, elles ne se remplacent pas.

Un enjeu de saison sur une commune balnéaire

Sur le littoral, la question a une dimension calendaire que n'ont pas les villes de l'intérieur. Les tags posés en hiver sur les blockhaus, les murets du bord de mer, les sanitaires de plage ou les abris de la gare sont vus par quelques centaines de personnes. Les mêmes, en juillet, sont vus par des dizaines de milliers de visiteurs qui gardent en tête une image de la commune. D'où la logique d'un gros passage de nettoyage au printemps, avant l'ouverture de la saison.

Annoncer des plaintes en janvier relève de la même logique. Le message vise moins les tribunaux que les auteurs eux-mêmes, et les habitants qui signalent. Il est cohérent, à condition d'être suivi de plaintes réelles et de factures produites. Sinon, ce n'est qu'une déclaration de plus.

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