L'art fascinant du pliage de papier : découvrez l'origami
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L'histoire qu'on raconte partout sur l'origami, celle des moines bouddhistes chinois qui auraient transmis l'art du pliage au Japon au 17e siècle, ne repose sur presque rien. Aucune source ancienne ne la documente, et les historiens du papier la rangent depuis longtemps du côté de la légende recopiée. C'est dommage pour le romantisme, tant mieux pour la suite : la vraie histoire de l'origami est plus courte, mieux datée, et elle débouche sur des objets autrement plus étonnants qu'une grue en papier. Des stents cardiaques, des panneaux solaires et un télescope spatial.
Ce qu'on sait vraiment des débuts
Le papier est inventé en Chine, la tradition retient l'an 105 et le nom de Cai Lun. Il arrive au Japon vers le 7e siècle par la Corée. Entre les deux, aucun document ne décrit une pratique du pliage récréatif. Ce que l'on trouve d'abord au Japon, ce sont des pliages cérémoniels : les noshi, ces petits emballages décoratifs attachés aux cadeaux, et les papiers pliés des rites shinto. Un usage codifié, réservé aux samouraïs et aux familles nobles, très loin du loisir enfantin.
Le premier ouvrage imprimé consacré au pliage récréatif est japonais et date de 1797 : le Senbazuru Orikata, littéralement la méthode pour plier mille grues. Il décrit des guirlandes de grues obtenues à partir d'une feuille entaillée, ce qui, au passage, contredit la règle moderne qui interdit les ciseaux. Autre surprise : le mot origami lui-même ne s'impose qu'au 20e siècle, dans le vocabulaire scolaire. Avant, on disait orikata ou orisue.
Yoshizawa, l'homme qui a rendu l'origami transmissible
Si un nom mérite d'être retenu, c'est celui d'Akira Yoshizawa, ouvrier d'usine devenu plieur à plein temps, mort en 2005 à 94 ans. On lui doit deux apports. Le pliage humide d'abord : en humidifiant légèrement un papier épais, il obtient des courbes et des volumes que le pli sec ne donne pas, et fait passer l'origami animalier de la figurine géométrique à la sculpture.
Le second apport est plus discret et plus décisif. Yoshizawa, avec l'Américain Sam Randlett et le Britannique Robert Harbin, met au point dans les années 1950 et 1960 un jeu de symboles standardisés : trait tirets pour un pli vallée, trait mixte pour un pli montagne, flèches codifiées pour les retournements. Ce système a fait pour le pliage ce que la notation musicale a fait pour la musique. Un diagramme japonais devient lisible par un plieur brésilien qui ne connaît pas un mot de japonais.
Les mille grues, et ce qu'elles signifient
La tradition du senbazuru veut qu'un vœu soit exaucé à celui qui plie mille grues. La grue, dans l'imaginaire japonais, vit mille ans. L'histoire a pris une tout autre dimension avec Sadako Sasaki, cette petite fille de Hiroshima atteinte d'une leucémie liée aux radiations, morte en 1955 à douze ans après avoir plié des centaines de grues à l'hôpital. Depuis, des guirlandes arrivent chaque année au mémorial de la paix de Hiroshima, expédiées du monde entier.
Ce que le pliage fait aux doigts et à la tête
Sur les bienfaits, restons mesurés. Le pliage sollicite la motricité fine, la lecture de consignes séquentielles et la représentation dans l'espace, ce qui explique sa présence dans les classes de primaire et dans certains ateliers d'ergothérapie. Des équipes s'en servent en rééducation de la main après un accident, précisément parce que le geste est répétitif, précis et gratifiant.
Prétendre au-delà serait exagéré. L'origami ne rend pas plus intelligent et ne remplace pas un suivi. Ce qu'il offre de plus tangible, c'est une activité de quarante minutes sans écran, avec un résultat visible à la fin, ce qui est déjà rare.
Du papier aux stents et aux airbags
C'est là que le sujet devient sérieux. Depuis les années 1990, le pliage est entré dans l'ingénierie sous le nom d'origami engineering. Le physicien américain Robert Lang, ancien ingénieur du Jet Propulsion Laboratory, a formalisé la conception de modèles complexes par empilement de cercles et développé des logiciels de génération de patrons. Ses méthodes ont servi à concevoir des lentilles de télescope repliables et à améliorer le pliage des airbags automobiles.
En médecine, des équipes ont conçu des stents qui se déploient dans une artère selon un pli tubulaire, et des instruments chirurgicaux miniatures qui s'ouvrent une fois passés par une incision de quelques millimètres. La mention d'aromathérapie qui traîne dans certains articles sur le sujet est une confusion pure et simple : le mot recherché était aérospatial.
Où aller ensuite
Le sujet est bien documenté en ligne. Le site Enfants Créatifs propose une entrée accessible côté pratique et jeune public, tandis que National Geographic revient sur la trajectoire historique de cet art et sur ses prolongements contemporains.
Un conseil pour finir : ne cherchez pas le modèle spectaculaire au premier essai. Pliez dix fois la même grue. La dixième sera nette, symétrique, et vous saurez pourquoi les neuf précédentes ne l'étaient pas.
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