Tsakhia Elbegdorj, ex-président mongol, démonte en un tweet le principal argument de Poutine sur l’Ukraine
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La riposte est excellente comme vanne et douteuse comme argument. Le 12 février 2024, Tsakhia Elbegdorj, président de la Mongolie de 2009 à 2017, a publié sur X des cartes de l'empire mongol accompagnées d'une phrase en forme de tape sur l'épaule : « Ne t'inquiète pas, nous sommes une nation pacifique et libre. » Elle visait Vladimir Poutine, qui venait de justifier l'invasion de l'Ukraine en remontant au IXe siècle devant Tucker Carlson. Le problème, c'est qu'en répondant par une carte plus grande, l'ancien président mongol accepte la règle du jeu de son adversaire.
Ce que Poutine avait dit à Tucker Carlson
L'entretien, diffusé le 8 février 2024, a duré plus de deux heures. Le président russe y a consacré la première demi-heure à un exposé historique commençant en 862 avec Riourik, passant par la christianisation de 988 et les partages de la Pologne, pour conclure que l'Ukraine serait une construction artificielle sans existence nationale propre. C'était la première fois depuis le début de la guerre qu'il s'exprimait aussi longuement devant un journaliste occidental.
Cette méthode a un nom en science politique : la légitimation par l'antériorité. Elle consiste à faire trancher une frontière contemporaine par une carte ancienne. Elle est commode parce qu'on trouve toujours une époque où le territoire convoité appartenait à quelqu'un d'autre.
L'argument qui, lui, tient debout
Il existe une réponse en une ligne à l'exposé historique de Poutine, et elle est de 1994. Cette année-là, à Budapest, la Russie, les États-Unis et le Royaume-Uni ont garanti l'intégrité territoriale et les frontières existantes de l'Ukraine en échange de l'abandon par Kiev de l'arsenal nucléaire soviétique stationné sur son sol, le troisième du monde à l'époque. Ce document est signé par Moscou, il date d'il y a trente ans et non de mille, et il ne demande aucune connaissance de la dynastie des Riourikides pour être compris. L'Ukraine a rendu les ogives, la Russie a repris la Crimée vingt ans plus tard. Voilà l'objection sérieuse, et elle n'a jamais reçu de réponse.
Une prise de position qui n'engageait que lui
Elbegdorj n'était plus au pouvoir depuis 2017 et parlait en son nom. La distinction compte, parce que la Mongolie a peu de marge. Trois millions et demi d'habitants, enclavés entre la Russie et la Chine, une dépendance quasi totale à la Russie pour les produits pétroliers et une partie de l'électricité. Oulan-Bator a maintenu une ligne officielle prudente pendant que son ancien président tweetait.
Sa position n'était pas nouvelle. En février 2023, il appelait déjà les démocraties à se rassembler pour déclarer que la liberté n'est pas négociable et à livrer à l'Ukraine les armes nécessaires. Le Figaro l'avait rappelé, le Huffington Post et 20 Minutes ont relayé l'épisode des cartes.
Le récit historique comme arme
La séquence dit surtout à quel point le récit historique est devenu une arme de guerre à part entière. Poutine y consacre des discours entiers depuis son article de juillet 2021 sur l'unité des Russes et des Ukrainiens. Les réponses les plus efficaces, jusqu'ici, ont été celles qui refusaient le débat sur le IXe siècle pour ramener la discussion sur des textes que la Russie a elle-même signés. La carte mongole fait rire. Le mémorandum de Budapest fait mal.
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