Pornichet : Un siècle et six ans plus tard, la paix est de nouveau à l'honneur

Sommaire4 sections
  1. 01Une commune née juste avant la guerre
  2. 02Ce qui se passe réellement ce matin-là
  3. 03La relève des porte-drapeaux, le vrai sujet local
  4. 04Une station balnéaire ne se souvient pas comme un village

Le 11 novembre 2024, Pornichet a commémoré un armistice signé cent six ans plus tôt. Aucun des présents devant le monument aux morts n'a connu cette guerre, ni même croisé quelqu'un qui l'a faite : le dernier poilu français, Lazare Ponticelli, est mort en 2008. C'est la question que pose désormais chaque 11 novembre dans une commune de 10 000 habitants : à quoi sert une cérémonie quand plus personne dans l'assistance n'a de souvenir à honorer ? La réponse tient à ce qu'est devenue la date depuis 2012, et elle est moins évidente qu'un discours d'usage.

Une commune née juste avant la guerre

Pornichet a été érigée en commune en 1900, détachée d'Escoublac et de Saint-Nazaire. Quatorze ans plus tard, elle envoyait ses hommes au front. Une commune toute neuve, quelques milliers d'habitants, des marins, des charpentiers, des employés des villas de la côte : la classe 1914 y a fait un trou qui s'est vu pendant une génération.

Les noms gravés sur le monument aux morts se lisent encore aujourd'hui, et beaucoup se répètent. Deux frères, un père et un fils, trois cousins d'une même rue. Dans une petite commune, la liste n'est pas une abstraction statistique, c'est un annuaire.

Ce qui se passe réellement ce matin-là

Le déroulé varie peu d'une année sur l'autre : rassemblement en fin de matinée, dépôt de gerbes, lecture du message ministériel, appel des morts, Marseillaise, minute de silence. Une trentaine de minutes, souvent sous la pluie ou dans le vent d'ouest. Les porte-drapeaux des anciens combattants, dont la moyenne d'âge monte chaque année, tiennent la haie.

La partie qui vaut le déplacement, c'est l'appel des noms. Un adulte lit, un enfant répond « mort pour la France ». Entendre un gamin de dix ans prononcer cette phrase après un patronyme qu'il croise peut-être sur une plaque de rue produit un effet qu'aucun discours ne remplace.

La relève des porte-drapeaux, le vrai sujet local

Le problème des associations d'anciens combattants n'est pas l'oubli, c'est la démographie. Les associations locales, anciens d'Algérie en tête, vieillissent, et un porte-drapeau doit tenir debout, bras tendu, une hampe lourde pendant vingt minutes par vent de force 5. Plusieurs communes de la presqu'île ont dû mutualiser les leurs, ou confier le drapeau à des jeunes des écoles et des clubs sportifs.

C'est une transmission par le geste, pas par le discours, et elle marche mieux que les leçons. Un adolescent à qui on confie un drapeau revient l'année suivante. Un adolescent à qui on lit un texte sur le devoir de mémoire ne revient pas.

Une station balnéaire ne se souvient pas comme un village

Pornichet vit de l'été. En novembre, les volets des résidences secondaires sont fermés, le front de mer est vide, et la population présente est celle qui habite là toute l'année. C'est peut-être ce qui rend la cérémonie du 11 novembre plus juste ici que celle du 8 mai ou du 14 juillet : elle a lieu dans la ville des habitants, pas dans celle des vacanciers.

La commune porte aussi une mémoire plus récente et moins commode. À quelques kilomètres, la base sous-marine de Saint-Nazaire et la poche de résistance allemande ont marqué la fin de la Seconde Guerre mondiale bien après la Libération du reste du pays. Sur la côte, les blockhaus sont encore là, entre deux plages, et servent parfois de support à des fresques. C'est une autre manière de vivre avec les traces, moins solennelle mais pas moins présente.

Cent six ans plus tard, la cérémonie ne console plus personne, puisqu'il ne reste plus d'endeuillés. Elle sert à autre chose : à maintenir en état de marche un geste collectif que la commune ressort une fois par an, et dont elle aura besoin le jour où il faudra à nouveau lire des noms récents.

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