Limoges sous l'emprise de l'angoisse : l'impact de la faillite de Batidur sur les familles
Quand un constructeur de maisons individuelles dépose le bilan, les familles ont une seule question en tête : qui va payer la fin du chantier. Dans le cas de Batidur, à Limoges, la réponse tient dans une ligne de leur contrat que la plupart n'avaient jamais relue : la garantie de livraison à prix et délais convenus. Elle existe, elle est obligatoire, et c'est elle qui décide de la suite pour la centaine de foyers concernés depuis décembre 2023.
Les 5 % de franchise, seul chiffre qui compte pour les familles
Sur une maison à 220 000 euros, la franchise représente 11 000 euros à sortir en plus du prêt déjà signé. Pour un ménage qui a calé son plan de financement au millier d'euros près, avec un crédit relais ou un loyer à payer pendant les travaux, c'est une somme qui ne se trouve pas dans un tiroir. Le calendrier fait mal autant que le montant : la franchise tombe alors que les mensualités ont déjà commencé et que la maison n'est pas habitable.
Le retard, lui, n'est pas couvert de la même manière. Le garant reprend l'ouvrage, mais retrouver une entreprise, refaire chiffrer les lots restants et redémarrer prend des mois. Beaucoup de familles de la Haute-Vienne cumulent depuis l'hiver un loyer et une mensualité de prêt, parfois un hébergement chez des proches, sans date de livraison ferme.
Un deuxième constructeur en moins d'un an sur le même bassin
Batidur n'était pas un cas isolé à Limoges. Maisons Euro-France avait été liquidée en avril 2023, huit mois plus tôt. Deux constructeurs de maisons individuelles qui tombent en moins d'un an sur une agglomération de 280 000 habitants, ça ne relève plus de la mauvaise gestion isolée. Le coût des matériaux avait bondi entre 2021 et 2023, les taux d'emprunt sont passés de 1 % à plus de 4 %, et les contrats signés avant la hausse devaient être exécutés à un prix qui ne couvrait plus rien.
On a beaucoup cité, à ce moment-là, le chiffre de 150 000 emplois menacés dans le bâtiment. Il s'agit d'une projection nationale sur plusieurs années, pas d'un compteur limougeaud. La rapprocher d'une faillite locale donne une impression de fatalité qui n'aide personne : ce qui a fait tomber Batidur, ce sont des chantiers vendus trop bas et une trésorerie qui n'a pas tenu.
Pour les clients de Batidur, la démarche est la même : identifier le garant sur le contrat, le saisir par lettre recommandée, et se regrouper. Un collectif obtient des réponses plus vite qu'une centaine de courriers séparés, et partage les frais d'un avocat spécialisé en droit de la construction. La préfecture de la Haute-Vienne et l'ADIL 87 orientent gratuitement sur ces dossiers.
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