Pornichet déploie des mesures renforcées pour protéger sa dune face à une plante envahissante
Sommaire5 sections
Sur la dune du port d'échouage, il faut se baisser pour voir le problème. L'éragrostis courbé ressemble à l'oyat : mêmes touffes serrées, même vert un peu gris, même façon de coucher au vent. Sauf que l'oyat tient le sable depuis toujours, et que l'autre le laisse partir. Cette ressemblance a permis à la graminée de s'installer sans que personne ne s'en inquiète. C'est pour cette raison que la Ville de Pornichet a fait appel à Bretagne Vivante en novembre 2024, plutôt que d'envoyer une équipe d'espaces verts avec une débroussailleuse.
Deux graminées qui se ressemblent, une seule qui tient le sable
L'oyat pousse en touffes espacées, avec de longues tiges souterraines qui courent à l'horizontale sous la surface. Ce réseau fait tenir une dune : le sable s'accroche, la butte monte, elle encaisse les coups de mer d'hiver. L'éragrostis courbé, lui, forme des touffes denses, fermées sur elles-mêmes, sans ce maillage sous le sol. Il occupe le terrain, chasse les espèces qui poussaient là, et laisse entre ses touffes des couloirs de sable nu par où le vent s'engouffre.
Le sujet dépasse la botanique. Une dune colonisée résiste moins bien. Sur un cordon aussi étroit que celui du port d'échouage, coincé entre le bâti et l'estran, quelques mètres perdus se voient à l'oeil nu au bout de trois ou quatre hivers.
Pourquoi on arrache à la main plutôt qu'à la machine
Un engin sur une dune fait plus de dégâts que la plante qu'il vient enlever. Il tasse le sable, il écrase les jeunes pousses d'oyat, il ouvre des ornières que le vent élargit ensuite tout seul. L'arrachage se fait donc touffe par touffe, avec les racines, en sortant les mottes entières. Une touffe simplement coupée repart au printemps suivant : c'est du travail refait.
D'où les deux semaines annoncées. Le volume est modeste, le rythme est lent, et la plus grande partie du temps passe à trier ce qu'on enlève de ce qu'on laisse en place. Il faudra aussi y revenir. Un arrachage sans passage de contrôle l'année d'après ne sert pas à grand-chose : les graines restées dans le sable germent, et on se retrouve au point de départ trois ans plus tard.
Des clôtures à Bonne Source, et pourquoi c'est le point sensible
L'autre volet du programme touche directement les habitants : la mise en défens de certaines zones, dont la dune grise de Bonne Source. La dune grise, c'est la partie arrière du cordon, celle qui ne bouge plus, tapissée de mousses et de lichens. Elle a l'air d'un terrain vague. Elle met des dizaines d'années à se reconstituer quand on la piétine.
Poser des ganivelles revient à concentrer le passage sur des accès identifiés, au lieu de laisser se creuser dix sentes parallèles. Sur ce point, le calcul est simple : un accès balisé et entretenu tient mieux qu'une dune ouverte de partout. Reste que la mesure sera mal reçue par ceux qui coupent depuis vingt ans par le même raccourci, et que la Ville gagnerait à expliquer le tracé avant de planter les piquets.
L'inventaire, pour savoir ce qu'on protège avant de le protéger
Bretagne Vivante mène en même temps un relevé des espèces présentes. C'est la partie invisible du chantier, et sans doute la plus utile sur la durée : sans état des lieux, on ne sait pas si l'arrachage a marché, ni ce qui repousse à la place. Un arrêté de protection de biotope encadre déjà ces secteurs, ce qui donne une base réglementaire aux restrictions d'accès et aux travaux.
Ce que peut faire quelqu'un qui habite là
Rester sur les caillebotis et les accès balisés, tenir son chien près de soi sur le cordon, ne pas arracher d'oyat, et surtout ne pas vider de fond de jardinière dans le sable. C'est souvent comme ça que les graminées exotiques arrivent sur les dunes du littoral : par un tas de déchets verts déposé au bord d'un chemin, l'été, quand le cabanon déborde. Le reste, l'arrachage, l'inventaire, les ganivelles, relève d'équipes spécialisées.
La ville communique volontiers sur sa biodiversité. La mesure la plus efficace de tout ce programme n'a pourtant rien de technique : c'est la carte des accès à la plage, et le fait que les gens la suivent.
Résumer cet article avec :
Partager :