Pornichet : Un pianiste passionné fonde une nouvelle école de musique pour la communauté
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Ouvrir une école de musique dans une commune d'un peu plus de 10 000 habitants qui en compte déjà une, c'est un pari, et il faut le prendre pour ce qu'il est. Grégoire Humbert, pianiste concertiste et compositeur, l'a tenté à Pornichet en septembre 2023 avec Pianocéan 44, une association installée au centre culturel Jacques Prévert. L'histoire qu'on raconte d'habitude est celle d'un musicien qui veut transmettre, et elle est vraie. Ce qui rend le projet intéressant, c'est la mécanique qu'il suppose : une école de musique associative ne tient debout que si plusieurs paramètres tombent juste en même temps.
Le problème du local, qui décide de tout
Une école de musique a besoin d'un endroit où l'on peut faire du bruit sans déranger, aux heures où les élèves sont disponibles, c'est-à-dire en fin d'après-midi et le mercredi. À Pornichet, ce type de créneau est rare : les salles municipales sont déjà partagées entre les associations, et le marché locatif privé est calé sur les prix du bord de mer. Un studio de 30 mètres carrés en centre-ville coûte à l'année ce qu'une association naissante n'a pas.
Le centre Jacques Prévert résout cette équation. Il est équipé, il est déjà identifié comme lieu culturel par les habitants, et il se trouve à distance de marche du centre. Pour un parent, la question n'est jamais uniquement pédagogique : elle est de savoir s'il peut déposer sa fille à 17 h 30 et récupérer son fils au foot dans la foulée. Une école de musique gagne ou perd ses inscriptions sur ce genre de détail.
Un concertiste qui enseigne : l'atout et la faille
Grégoire Humbert vient de la scène et de la composition. Ce parcours a un avantage direct pour les élèves : quelqu'un qui joue en public sait ce que c'est que de se planter devant une salle pleine et de continuer quand même. Ça s'enseigne mal en théorie et se transmet très bien par imitation.
Il a aussi un inconvénient, qu'il faut nommer. Un concertiste en activité est absent une partie de l'année, et une école ne peut pas s'arrêter parce que son fondateur est en tournée. La réponse de Pianocéan 44 a été d'associer d'autres enseignants dès le départ, plutôt que de construire l'école autour d'une seule personne. C'est la condition pour que la structure survive à un changement de vie de son fondateur.
Piano, violon, flûte : pourquoi cet ordre
On ne monte pas une école en ouvrant douze classes le premier jour. Le piano vient en premier parce que c'est l'instrument du fondateur et parce qu'il concentre la demande, chez les enfants comme chez les adultes qui reprennent après vingt ans d'arrêt. Le violon et la flûte suivent parce qu'ils sont légers, transportables, et qu'ils permettent de faire jouer les élèves ensemble assez vite. Le jazz vient élargir le répertoire au-delà du solfège classique, ce qui est un choix de recrutement autant qu'un choix esthétique : beaucoup d'adolescents décrochent quand on leur impose trois ans de gammes avant le premier morceau qu'ils aiment.
Le point faible de ce modèle est connu de toutes les écoles associatives : la deuxième année. La première année, on inscrit ceux qui attendaient une offre. La deuxième, il faut aller chercher de nouveaux élèves, et la moitié du budget dépend de ce renouvellement.
Sortir de la salle de cours
Grégoire Humbert veut faire jouer ses élèves devant du public, en concert à l'école et lors des rendez-vous de la ville. C'est le prolongement logique de sa pratique, et pour les élèves c'est ce qui donne un sens aux heures de travail solitaire. Pornichet offre pour cela un calendrier estival chargé, à commencer par la Fête de la musique, dont nous avions détaillé le programme des concerts du 21 juin à Pornichet.
Reste à voir ce que Pianocéan 44 pèsera dans cinq ans. Les écoles de musique associatives qui durent sont celles qui finissent par former leurs propres professeurs, c'est-à-dire par voir revenir comme enseignants des élèves entrés à huit ans. C'est long. À l'échelle d'une commune comme Pornichet, c'est aussi la seule mesure qui vaille.
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