Pornichet : un voyage poétique à travers ses gravures

Sommaire4 sections
  1. 01Une gravure ne se fait pas au pinceau
  2. 02Ce qui est visible au printemps 2025
  3. 03Pourquoi la mer revient dans presque toutes les images
  4. 04Ce qu'il reste après la visite

Disons-le franchement : il n'existe pas, à Pornichet, de « parcours des gravures » qu'on suivrait de rue en rue, ni de collection permanente d'estampes visible toute l'année. Le titre promet un voyage, la réalité offre un calendrier. Au printemps 2025, la commune propose une poignée d'accrochages temporaires, dans trois ou quatre lieux distincts, chacun ouvert quelques jours ou quelques semaines. C'est moins romanesque, et beaucoup plus utile à savoir avant de se déplacer. Cet article prend donc la question par le métier : ce qu'est une gravure, comment elle se regarde, et où l'on peut en voir dans cette station balnéaire au printemps 2025.

Une gravure ne se fait pas au pinceau

Commençons par corriger une confusion qui traîne dans à peu près toutes les annonces culturelles. Une gravure ne comporte aucun coup de pinceau. L'artiste travaille une matrice, plaque de cuivre ou de zinc, planche de bois, feuille de linoléum, et il l'entaille, la creuse ou la fait mordre par un acide. L'encre se dépose ensuite, se loge dans les creux ou reste sur les reliefs selon la technique, puis la presse écrase le papier humide contre la matrice. L'image obtenue est inversée par rapport à la plaque. Il n'y a pas de retouche possible : ce qui est enlevé au burin ne se remet pas.

De là découlent quelques familles à distinguer, parce qu'elles ne produisent pas du tout le même rendu. La pointe sèche laisse une barbe de métal sur les bords du sillon, ce qui donne un trait velouté, légèrement flou, et un tirage limité à quelques dizaines d'épreuves avant que la barbe ne s'écrase. L'eau-forte, où l'acide creuse le dessin protégé par un vernis, autorise des traits d'une finesse extrême. L'aquatinte travaille les aplats et les gris. La gravure sur bois et la linogravure, elles, jouent le contraste franc, le noir massif contre le blanc du papier.

Ce qui est visible au printemps 2025

À la chapelle Sainte-Marguerite, l'accrochage de Michelle Quélard tient du 14 au 20 avril 2025. L'artiste résume elle-même sa démarche : « Mon travail n'est ni abstrait, ni figuratif, il est plus autour de l'évocation. » Formule modeste, mais exacte : ses images retiennent une structure de paysage sans jamais la nommer complètement.

À la salle d'exposition municipale, le programme change d'échelle et de durée. Les œuvres de Franco Salas Borquez y sont présentées jusqu'au 17 juillet 2025, avec la galerie Gaïa de Nantes. Ce peintre chilien travaille la mer, les creux, la masse d'eau vue de très près, dans des noirs profonds traversés d'éclats. La proximité avec un accrochage d'estampes n'est pas fortuite : chez lui aussi, tout se joue dans le rapport du blanc au noir.

La médiathèque complète le tableau avec des projections et des rencontres, dont des séances autour de l'univers de Camille Jourdy, dessinatrice dont le trait doit beaucoup à la tradition de l'illustration imprimée. Le trio WAÏ WAÏ propose de son côté une lecture musicale inspirée de « La Forêt millénaire », dernier récit de l'auteur japonais Jirô Taniguchi, disparu en 2017. Le lien avec la gravure y est réel : le manga de Taniguchi repose sur un travail de trame et de hachure directement hérité de l'estampe.

Pourquoi la mer revient dans presque toutes les images

Pornichet occupe l'extrémité est de la baie de La Baule, sur la Côte d'Amour, à une poignée de kilomètres de l'estuaire de la Loire. Ce n'est pas une ville d'embouchure de trois rivières, contrairement à ce qu'on lit parfois : c'est une ville de front de mer, adossée à un port de plaisance et bordée d'une longue plage orientée plein sud. Cette orientation compte pour les artistes, parce qu'elle produit une lumière rasante en fin de journée sur toute la longueur de la baie.

Le noir et blanc de l'estampe se prête bien à ce motif. Une vague, un ciel chargé, une silhouette de villa sur la dune : ce sont des sujets de contraste, pas de couleur. Les graveurs qui exposent dans la commune y reviennent presque tous, ce qui explique la sensation de répétition qu'on éprouve d'une exposition à l'autre. Ce n'est pas un défaut, c'est un motif régional, comme le port pour les peintres de Concarneau.

Ce qu'il reste après la visite

La Belle Époque a laissé à Pornichet un patrimoine de villas balnéaires qu'on longe en marchant du centre vers la pointe : bow-windows, briques polychromes, balcons de bois découpé. Enchaîner une exposition et cette promenade donne au déplacement une consistance que l'accrochage seul n'aurait pas. C'est probablement là que se trouve le vrai « voyage » annoncé par le titre : pas dans les cimaises, mais dans les vingt minutes de marche entre deux salles.

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