Quand le manque de 'fun et pro' au travail mène à une belle indemnisation de demi-million d'euros
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Le chiffre qui a fait le tour des rédactions en février 2024, 496 298,79 euros pour un consultant licencié parce qu'il refusait les pots du vendredi soir, n'est pas une prime au mauvais caractère. C'est une conséquence mécanique du droit du travail : quand un licenciement est annulé pour atteinte à une liberté fondamentale, le barème Macron ne s'applique plus, et neuf ans de procédure se transforment en indemnité d'éviction. Voilà ce qui explique le demi-million, bien plus que l'anecdote du « fun et pro ».
Pourquoi le barème Macron n'a pas joué
Depuis les ordonnances de 2017, l'indemnité d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse est encadrée par un plafond en mois de salaire, fonction de l'ancienneté. Un salarié de quatre ans d'ancienneté touche au maximum cinq mois. C'est ce plafond que la Cour de cassation a validé en 2019 et que les conseils de prud'hommes appliquent depuis.
Le barème connaît une exception explicite : il ne s'applique pas quand le licenciement est nul. La nullité vise notamment la discrimination, le harcèlement, la dénonciation de faits délictueux et l'atteinte à une liberté fondamentale. Les juges parisiens ont rangé cette affaire dans la dernière catégorie. Le plafond tombe, et le salarié qui demande sa réintégration a droit aux salaires qu'il aurait perçus entre son départ et sa réintégration. Sur neuf ans, pour un cadre de conseil, l'arithmétique fait le reste.
Le raisonnement de la Cour de cassation en novembre 2022
L'affaire était déjà passée devant la chambre sociale le 9 novembre 2022. Le consultant, embauché en 2011, avait été licencié pour insuffisance professionnelle et pour son refus des valeurs de l'entreprise. Il reprochait aux séminaires et aux soirées de fin de semaine une consommation d'alcool poussée par les associés, des pratiques humiliantes et une pression à participer.
La Cour a posé que la liberté d'expression du salarié couvre le droit de critiquer ces pratiques et de s'en tenir à l'écart. Elle a écarté du même mouvement l'argument de l'employeur sur l'adhésion aux valeurs maison. Les autres griefs, rigidité, manque d'écoute, ton cassant envers les subordonnés, relevaient d'un autre débat et ont été renvoyés devant la cour d'appel de Paris.
Ce que ça change pour un salarié qui décline l'afterwork
La portée de l'arrêt reste plus étroite que ce que les titres ont laissé croire. Refuser un séminaire ne devient pas un droit opposable en toute circonstance : un déplacement professionnel obligatoire, inscrit au planning et lié au travail, reste du travail. Ce que la jurisprudence protège, c'est la critique de pratiques festives et la liberté de ne pas y prendre part.
Un employeur peut toujours licencier pour insuffisance professionnelle. Il ne peut pas transformer une réticence aux soirées arrosées en grief disciplinaire. La frontière passe là, et elle est moins floue qu'il n'y paraît.
La réintégration reste incertaine
Le salarié a demandé à revenir dans l'entreprise et la cour l'a ordonnée. Cela ne veut pas dire qu'il reprendra son poste. Après neuf ans, les deux parties s'entendent souvent sur une transaction qui solde l'indemnité et écarte le retour. Un pourvoi en cassation restait par ailleurs ouvert à l'employeur au moment de l'arrêt. Ce que l'on sait à date s'arrête donc là : une décision de cour d'appel, un montant fixé, une réintégration ordonnée sur le papier.
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