Tragédie dans le Puy-de-Dôme : Retour sur l'avalanche meurtrière ayant emporté quatre vies

Avalanche meurtrière au Mont-Dore : ce que l'on sait du drame qui a fait 4 morts Une avalanche a coûté la vie dimanche 25 février à quatre alpinistes, ensevelis au-dessus de la station du Mont-Dore dans le Puy-de-Dôme.
Sommaire4 sections
  1. 01Une neige tombée trop vite le week-end précédent
  2. 02Le matériel était là, et il n'a pas suffi
  3. 03Ce que change le hors-piste au-dessus d'une station
  4. 04Une enquête pour comprendre, pas pour désigner

Le massif du Sancy culmine à 1 885 mètres. C'est une petite montagne, à quarante-cinq minutes de Clermont-Ferrand, où l'on monte le dimanche en famille et où le téléphérique dépose des skieurs en doudoune fine. Le 25 février 2024, une avalanche y a tué quatre alpinistes vers 1 600 mètres d'altitude, au-dessus de la station du Mont-Dore. Cette altitude modeste explique une bonne part du drame. Dans le Massif central, le risque d'avalanche existe, il est bulletiné comme ailleurs, et presque personne ne le regarde.

Une neige tombée trop vite le week-end précédent

Les chutes de neige des jours précédents avaient déposé une couche fraîche sur un manteau ancien, sans le temps ni le froid nécessaires pour que les deux se soudent. C'est la configuration classique de la plaque à vent : la neige nouvelle, transportée et tassée par le vent, forme un ensemble cohérent qui repose sur une couche fragile et part d'un bloc au passage d'un skieur ou d'une cordée. Le préfet du Puy-de-Dôme, Joël Mathurin, a appelé à la plus grande prudence dans les jours suivants.

Le relief du Sancy se prête à ce mécanisme mieux qu'on ne le croit. Les vallées glaciaires du massif, la vallée de Chaudefour, le val d'Enfer, offrent des pentes raides, courtes, souvent orientées nord ou nord-est, où le vent d'ouest dominant accumule la neige sous les crêtes. Une pente de 35 degrés sur 200 mètres de dénivelé produit une coulée capable d'ensevelir un homme sous deux mètres.

Le matériel était là, et il n'a pas suffi

C'est le point le plus dur à admettre dans cet accident. La cordée avait un guide. Une partie du groupe portait des détecteurs de victimes d'avalanche. Les secours ont été rapides, avec des moyens qu'on ne mobilise pas toujours aussi vite dans le Massif central. Et quatre personnes sont mortes.

Le DVA sert à retrouver un corps, pas à empêcher une avalanche. Les statistiques de secours en montagne sont constantes sur ce point : les chances de survie d'une personne totalement ensevelie chutent après quinze minutes, et une part des victimes meurt du traumatisme de la coulée, pas de l'asphyxie. Un appareil bien utilisé raccourcit la recherche ; il ne rend pas une pente sûre. La seule décision qui protège reste celle qu'on prend avant de s'engager, en bas.

Ce que change le hors-piste au-dessus d'une station

La zone concernée se trouve au-dessus du domaine skiable du Mont-Dore. À cet endroit, la frontière entre la piste damée et le terrain d'aventure tient à quelques dizaines de mètres et à une corde. Une pente située hors des limites du domaine n'est ni sécurisée ni déclenchée préventivement, et les pisteurs n'y interviennent pas. La distance parcourue depuis le dernier panneau ne dit rien du danger.

Le Mont-Dore vit de cette station depuis les années 1930, avec un funiculaire du Capucin classé qui date de 1898 et une clientèle largement régionale. Les habitants y connaissent bien la montagne, et beaucoup d'entre eux le disaient déjà après l'accident : la fréquentation en raquettes et en ski de randonnée a explosé depuis 2020, avec des pratiquants venus des villes de plaine qui découvrent le terrain.

Une enquête pour comprendre, pas pour désigner

L'ouverture d'une enquête par le parquet de Clermont-Ferrand est la procédure normale après un accident mortel en montagne. Elle vise à reconstituer l'itinéraire, l'heure d'engagement, l'état du manteau neigeux et les informations dont disposait le groupe. Dans la majorité des dossiers de ce type, elle se conclut sans mise en cause : la montagne d'hiver garde une part d'aléa que ni l'expérience ni le matériel n'annulent.

Il reste que quatre personnes parties marcher un dimanche matin ne sont pas rentrées, à 1 600 mètres, dans un massif que la France entière considère comme reposant. C'est ce contraste qu'il faut garder en tête la prochaine fois qu'on chausse au-dessus du Mont-Dore après une grosse chute de neige.

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