Transformations artistiques : un blockhaus sur la plage devient une œuvre d'art dans une station balnéaire de Loire-Atlantique
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Un blockhaus, ça ne s'enlève pas. C'est la première chose à comprendre avant de parler d'art urbain sur le littoral de Loire-Atlantique. Ces blocs de béton armé de la fin des années 1930 et du début des années 1940 pèsent plusieurs centaines de tonnes, sont souvent en partie enterrés dans la dune, et leur destruction coûte cher pour un résultat discutable : gravats à évacuer, dune fragilisée, chantier lourd en bord de mer. Alors les communes font ce qu'elles peuvent avec ce qu'elles ont. À Pornichet, sur le chemin des douaniers près de Sainte-Marguerite, la réponse a pris la forme d'une bombe de peinture.
Ce qui s'est passé sur le chantier
Avant la peinture, il y a le décapage. Le béton était couvert de mousses, de lichens et de sel accumulé depuis des décennies. Il a fallu débroussailler les abords, puis nettoyer le support par sablage pour que la peinture accroche. Sans cette étape, une fresque en bord de mer se décolle en un ou deux hivers.
La Ville de Pornichet a ensuite ouvert le mur aux graffeurs. Le principe : un support offert, une surface préparée, et une liberté de composition. Les promeneurs du sentier côtier ont pu regarder la fresque se faire, ce qui, sur ce type de projet, vaut souvent mieux que l'inauguration.
Le sentier des douaniers, un endroit qui compte
Ce n'est pas un mur perdu au fond d'une zone d'activité. Le chemin qui longe la côte entre Pornichet et Sainte-Marguerite est emprunté toute l'année, par les habitants au petit matin comme par les marcheurs du GR 34 en été. Un blockhaus taggué de façon anarchique y était visible par tout le monde. Un blockhaus peint volontairement l'est aussi, à la différence près que la commune choisit ce qu'elle donne à voir.
C'est l'argument le plus honnête en faveur de ce genre d'opération, et il est rarement mis en avant : l'art urbain commandité est d'abord une politique de prévention des tags sauvages. Un mur peint par un artiste est nettement moins recouvert qu'un mur nu.
Ce que ça ne règle pas
Peindre un blockhaus ne dit rien de ce qu'il était. La côte de Loire-Atlantique en compte des dizaines, disséminés entre l'estuaire et la baie, restes de la poche de Saint-Nazaire où l'occupation allemande s'est prolongée jusqu'en mai 1945, bien après la libération du reste du pays. La base sous-marine de Saint-Nazaire, à quelques kilomètres, garde cette histoire visible et documentée. Un bunker recouvert de couleurs vives, lui, la met de côté.
On peut le défendre. Un ouvrage isolé dans la dune, sans panneau, sans accès sécurisé, ne fait pas un lieu de mémoire à lui tout seul. Il aurait quand même suffi d'un cartel à côté de la fresque pour dire de quand date le béton et à quoi il servait. Sur ce point, l'occasion est souvent manquée.
Les autres, sur la même côte
Pornichet n'invente rien, et c'est plutôt rassurant. Plusieurs communes du littoral atlantique ont fait le même choix depuis une quinzaine d'années, à Saint-Nazaire comme sur la côte vendéenne ou dans le Morbihan. Certaines ont confié la surface à un collectif, d'autres organisent un festival annuel qui repeint les mêmes murs chaque été. Le résultat varie beaucoup selon un critère simple : la qualité du dessin choisi.
Une fresque figurative bien composée devient un point de repère et finit sur les photos des promeneurs. Un aplat de couleurs sans intention se fait recouvrir de tags en six mois. Entre les deux, il y a le travail d'un artiste et une commune qui accepte de ne pas tout valider.
Ce que la ville y gagne
Pas grand-chose de mesurable, et personne ne devrait prétendre le contraire. Une fresque ne remplit pas un hôtel en février. Elle donne un point d'arrêt sur une promenade, un sujet de conversation, une photo. Pour une commune qui vit du tourisme balnéaire et qui cherche à exister hors juillet-août, c'est déjà une raison suffisante de dépenser quelques milliers d'euros de peinture plutôt que de laisser le béton verdir.
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