Un port contemporain : bien plus qu'un simple stationnement pour navires, il va transformer cette commune côtière
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Un port ne transforme pas une commune. C'est l'inverse : c'est ce que la commune décide de mettre autour du plan d'eau qui décide si le port sert à quelque chose ou s'il reste un parking à bateaux avec vue. La formule du titre est jolie, elle est aussi un peu creuse, alors autant prendre le sujet par le seul bout qui compte pour un habitant de la Côte d'Amour : qu'est-ce qui change concrètement quand on réaménage un port de plaisance ?
Un plan d'eau plein ne veut pas dire un port qui fonctionne
La première illusion à écarter concerne le taux de remplissage. Un port de plaisance affiche presque toujours complet, avec une liste d'attente derrière. Cela ne prouve rien sur sa vitalité : cela prouve qu'il y a plus de propriétaires de bateaux que d'anneaux sur la côte, ce qui est vrai de Piriac à Pornic depuis trente ans.
Le bon indicateur est ailleurs. Il tient au nombre de sorties par bateau et par an. Sur beaucoup de ports atlantiques, la moyenne est basse, quelques journées de mer par saison, parce qu'un bateau de plaisance est un objet qu'on utilise peu et qu'on paie toute l'année. Un port dont les bateaux ne sortent pas est un entrepôt flottant. Le réaménager sans traiter ce point revient à repeindre le hangar.
Ce qui rapporte vraiment à la commune
Les redevances d'anneaux financent l'exploitation du port : le dragage, les pontons, la capitainerie, la manutention. Elles ne financent pas la commune. L'argent que le port rapporte à la ville passe par les commerces des quais, les artisans du nautisme installés à proximité, et le chantier naval quand il y en a un. Un port sans atelier de réparation à moins de vingt minutes perd une part de sa raison d'être, parce que les propriétaires vont hiverner ailleurs et dépensent ailleurs.
Le poste de dépense qu'on oublie systématiquement, c'est le dragage. Les ports de la baie s'envasent, et les campagnes de dragage se comptent en centaines de milliers d'euros, avec la question toujours pénible du devenir des sédiments extraits. Aucune plaquette de réaménagement ne met ça en couverture. C'est pourtant la ligne qui décide si un port tient sur vingt ans.
La question de l'hiver
Sur la Côte d'Amour, tout se joue entre novembre et mars. Un quai qui fonctionne en août fonctionne partout, ce n'est pas un test. Le test, c'est le mardi de février à 18 heures : y a-t-il un café ouvert, un club nautique qui tourne, un cours de voile scolaire, des habitants qui traversent le port pour aller quelque part ?
Les réaménagements qui donnent quelque chose sont ceux qui traitent le port comme un morceau de ville et pas comme un équipement touristique. Cela passe par des choses peu spectaculaires : un cheminement piéton continu entre le port et le centre-ville, un arrêt de bus au bon endroit, du stationnement vélo abrité, des locaux associatifs à loyer bas sur les quais. Rien de tout cela ne fait une belle photo aérienne.
Le nautisme n'est plus un loisir de masse
Il faut le dire franchement, parce que les projets portuaires continuent d'être présentés comme si la plaisance était en expansion : la propriété d'un bateau recule chez les moins de cinquante ans. Le coût d'entretien, le prix de l'anneau et le temps disponible expliquent le gros de ce recul. Ce qui progresse, ce sont les usages sans propriété, la location à la journée, la copropriété de bateau, les clubs, et surtout les pratiques légères, paddle, kayak, kitesurf, wingfoil, qui n'ont pas besoin d'un anneau mais d'une cale, d'un local de rangement et d'un accès à l'eau.
Un port réaménagé aujourd'hui pour la plaisance des années 1980 sera à moitié inadapté dans quinze ans. Les projets qui prévoient des zones de mouillage organisées, des espaces de stockage pour flotteurs et des mises à l'eau praticables à marée basse prennent moins de risques.
Ce qu'un habitant peut regarder dans un projet de port
Trois lignes suffisent à juger un dossier. Le montant prévu pour le dragage sur dix ans, d'abord. La surface de locaux d'activité maritime prévue au sol, ensuite, en mètres carrés et pas en intentions. Le tracé piéton entre le port et le centre-ville, enfin, avec le nombre de traversées de voirie qu'il impose. Si ces trois lignes sont vides ou floues dans la présentation publique, le projet est un projet d'image.
Reste la question du financement, qui décide de tout le reste. Un port de plaisance communal est le plus souvent géré en régie ou confié à un délégataire, et le montage choisi change la nature du projet. En régie, la commune encaisse les redevances et supporte le dragage. En délégation, elle transfère le risque et perd une partie de la main sur les tarifs et sur l'affectation des quais. Les habitants découvrent souvent ce choix après coup, alors qu'il conditionne le prix de l'anneau et la place laissée aux associations.
Un projet de port se juge donc sur des lignes budgétaires et sur un montage juridique, pas sur des perspectives d'architecte. Autant le savoir avant de signer, plutôt que de le découvrir à la première campagne de dragage.
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