À Pornichet, le blockhaus de Congrigoux se transforme en œuvre d'art colorée
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La question que personne ne pose devant le blockhaus de Congrigoux, c'est celle du coût. On parle de couleurs, d'artistes, de patrimoine réinventé. Mais si ce bloc de béton reçoit une fresque en 2024 plutôt qu'un chantier de démolition, c'est d'abord parce que le démolir coûterait plusieurs fois le prix de le peindre, et parce que personne, à Pornichet, n'a envie de faire venir des brise-roche hydrauliques à quelques mètres du trait de côte.
Un bloc qu'on ne démonte pas au marteau-piqueur
Les ouvrages du mur de l'Atlantique ont été coulés pour encaisser des obus. Béton armé, murs et dalles qui se comptent en dizaines de centimètres, ferraillage dense, le tout monté d'un seul tenant. Un bunker de ce type ne se démonte pas : il se casse, morceau par morceau, avec du matériel lourd et une évacuation des gravats qui pèse plus que le reste de la facture.
Ajoutez le contexte. Congrigoux est sur le littoral, entre la plage et le sentier. Le sol est sableux, l'accès étroit, la zone fréquentée par les promeneurs à peu près toute l'année. Amener des engins là-dessus suppose une piste, des protections, un arrêté, et l'acceptation de plusieurs semaines de bruit dans un secteur résidentiel. Beaucoup de communes de la côte ont fait le calcul avant Pornichet, et sont arrivées à la même conclusion.
Ce que la peinture règle vraiment
Un blockhaus gris en bord de mer attire deux choses : les tags et les canettes. C'est vérifiable dans toutes les communes de la Côte d'Amour qui en gardent un sur leur front de mer. La surface est grande, plane, et personne ne la surveille.
Une fresque change ce rapport de force. Un mur déjà peint par quelqu'un d'autre se fait beaucoup moins retaguer, c'est une règle assez constante du street art en espace public. Le graffeur amateur passe son chemin, le riverain s'approprie le lieu, la ville n'a plus à repasser une couche de gris tous les deux ans. On peut trouver ça prosaïque comme motivation. C'est celle qui fait passer un projet en commission.
Le quartier récupère un repère, pas un musée
Pour les gens du secteur, l'affaire est plus simple qu'un débat sur le patrimoine. Le bunker, jusque-là, c'était le truc gris devant lequel on tourne pour rejoindre le sentier. Il devient un point de rendez-vous, une chose qu'on montre aux cousins qui descendent en août, un fond de photo. Les enfants qui passent devant en allant à la plage le regardent au lieu de l'éviter.
Peindre un vestige de guerre : le débat qu'on esquive
Reste la partie que les communiqués évitent. Ce bunker a été construit par l'occupant, dans le cadre d'un dispositif défensif qui a coûté cher en travail forcé sur toute la façade atlantique. Le recouvrir de couleurs vives, c'est une décision, pas un geste neutre. Certains y voient une réappropriation par les habitants, d'autres un effacement à la peinture aérosol.
Mon avis, puisqu'il faut en avoir un : la mémoire de ces ouvrages ne tient pas dans leur teinte d'origine. Un blockhaus gris que personne ne regarde ne transmet rien. Un blockhaus peint devant lequel on s'arrête peut transmettre quelque chose, à condition qu'un panneau explique de quoi il s'agit, qui l'a construit et quand. C'est le point sur lequel ces projets pèchent presque tous : on soigne la fresque, on oublie les trois lignes qui disent l'histoire du mur.
Ce qu'il reste à surveiller
Une peinture exposée au sel et au vent d'ouest ne tient pas. La reprise se posera, et elle se posera à la ville. Autant inscrire un entretien régulier maintenant plutôt que d'attendre que l'œuvre se décolore. On jugera dans cinq ans.
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