À Pornichet, quand le budget est serré, le plaisir reste essentiel sur le marché
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Fin décembre 2024, sur le marché de Pornichet, la phrase qui revient le plus souvent devant les étals n'est pas « qu'est-ce qui est bon » mais « ça fait combien ». Autant le dire tout de suite : le marché n'est pas systématiquement moins cher que la grande surface de la route de Saint-Nazaire. Sur certains rayons il l'est franchement, sur d'autres il ne l'est pas du tout. Tout l'intérêt d'y aller avec un budget serré consiste à savoir de quel côté on se trouve, étal par étal.
Le poisson blanc, le seul rayon où l'écart est net
La lotte et le bar reviennent dans toutes les conversations d'avant-réveillon, et pour de bonnes raisons. Une queue de lotte entière, avec sa peau et son arête centrale, se négocie bien mieux que les médaillons parés vendus sous film. Le travail de parage, il faut le faire soi-même ou demander au poissonnier de le faire devant vous. C'est cinq minutes d'attente et une différence sensible sur le ticket.
Le bar de ligne reste cher, personne ne prétendra le contraire. Le bar d'élevage, lui, tient très bien la cuisson au four avec du fenouil et coûte le tiers. Sur ce point le snobisme coûte plus cher que le poisson. Et si la caisse du jour affiche du merlan, du tacaud ou du maquereau, c'est presque toujours là que se trouve le meilleur rapport qualité-prix de la matinée, même si ces poissons ne figurent sur aucune carte de menu de fête.
Les légumes d'hiver, la partie invisible du budget
Panais, courges, poireaux, choux, topinambours : ce sont les produits sur lesquels la différence de prix avec la grande distribution est la plus discrète et la différence de goût la plus large. Un potimarron acheté à un maraîcher de la presqu'île se garde trois semaines dans une pièce fraîche. Il fait une soupe, un gratin et une purée. Ramené au repas, il coûte quelques dizaines de centimes.
La contrepartie existe et elle est réelle : il faut cuisiner. Un budget alimentaire tenu sur le marché se paie en temps de cuisine. Pour une famille qui rentre du travail à 19 h, ce temps n'est pas toujours disponible, et c'est la vraie limite du conseil « achetez local, c'est moins cher ».
Ce qu'on paie plus cher, et pourquoi ça peut se défendre
Le fromage à la coupe, la charcuterie de producteur, le beurre de baratte : les prix affichés sur le marché sont supérieurs à ceux des marques nationales. L'écart n'est pas un scandale, il correspond à des volumes de production sans commune mesure. La question honnête à se poser est celle de la quantité. Cent grammes d'un comté de trente mois font davantage plaisir en fin de repas que quatre cents grammes d'un fromage industriel, et coûtent la même chose.
Les associations et les ateliers du quartier
À Pornichet, plusieurs associations organisent des ateliers de cuisine et des repas partagés pendant l'hiver. Les annonces circulent peu sur les réseaux sociaux et beaucoup dans les agendas locaux, notamment sur Infolocale, où les structures déposent elles-mêmes leurs dates. C'est un canal assez ingrat à consulter, mais il reste le plus complet pour savoir ce qui se passe la semaine suivante à la salle Saint-Sébastien ou dans une maison de quartier.
Ces ateliers ne remplacent pas un budget. Ils changent surtout la façon d'utiliser ce qu'on a acheté, ce qui est souvent le vrai sujet quand on parle de coût de l'alimentation.
Le plaisir n'est pas une variable d'ajustement
Il y a quelque chose d'un peu condescendant dans l'idée qu'un budget serré devrait aller de pair avec une alimentation triste. Les gens qui comptent leurs courses le savent mieux que quiconque : c'est justement quand le budget se contracte que le repas du dimanche prend de l'importance. Le marché de Pornichet, avec ses producteurs de la presqu'île et ses poissonniers qui connaissent leurs clients par leur prénom, reste un endroit où l'on peut arbitrer soi-même, produit par produit. C'est probablement ce qui lui vaut de tenir, une matinée après l'autre, alors que tout pousse à faire ses courses ailleurs et plus vite.
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