À Pornichet, un parcours immersif pour plonger dans les débuts fascinants du septième art
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Le mot « immersif » sert aujourd'hui à vendre à peu près n'importe quoi, du musée à l'escape game. Alors autant le dire tout de suite : ce que Pornichet proposait en novembre 2024 autour des débuts du cinéma n'est pas un tunnel de projections à 360 degrés. C'est une exposition d'objets et de manipulations, où l'on comprend comment on fabriquait une illusion avant l'électronique, avec du carton, des miroirs, de la ficelle et beaucoup de patience. C'est nettement moins spectaculaire que l'annonce. C'est aussi beaucoup plus instructif.
Le trucage, c'était d'abord de la menuiserie
Un fantôme translucide sur un plateau de 1900, ce n'est pas un effet numérique appliqué après coup. C'est une vitre inclinée à 45 degrés, un comédien placé hors champ dans le noir et un éclairage bien réglé. Le procédé porte un nom, le fantôme de Pepper, et il date du théâtre victorien, avant même le cinéma. Les premiers réalisateurs ont pillé les salles de music-hall pour leurs astuces.
C'est ce genre de démonstration qui fait le sel de ce type de parcours. On voit le dispositif de face, puis on tourne autour et le charme tombe. Les visiteurs qui ronchonnent devant la modestie des moyens sont en général ceux qui restent le plus longtemps.
Trois procédés qui reviennent toujours
L'arrêt de caméra, d'abord : on stoppe la manivelle, on remplace un objet ou un acteur, on repart. Le spectateur de 1902 voyait une femme se changer en squelette. La substitution par arrêt de caméra est le plus vieux truc du répertoire, et le plus efficace.
La surimpression ensuite, qui consiste à repasser deux fois la même pellicule dans l'appareil, avec un cache noir pour protéger la moitié de l'image. Deux passages, deux personnages joués par le même comédien dans le même plan. Cela demandait un compte de tours exact, à la main, sans écran de contrôle.
La maquette suspendue enfin, ce qu'on appelait le trucage en amorce : un décor peint de quelques dizaines de centimètres, placé tout près de l'objectif, prolonge un décor réel construit à taille normale au fond. Un palais entier pour le prix d'un escalier.
Les ateliers valent mieux que les vitrines
Si vous ne devez faire qu'une chose dans ce parcours, c'est l'atelier d'animation image par image. On pose une figurine, on prend une photo, on la déplace d'un demi-centimètre, on recommence. Au bout de vingt minutes, on a trois secondes de film et une idée assez nette de ce que représente le travail d'un animateur.
Les vitrines, elles, souffrent du problème de toutes les expositions techniques : un objet immobile derrière une glace ne raconte pas grand-chose. Une lanterne magique posée sur un socle reste une boîte en tôle. La même lanterne allumée dans une pièce sombre, avec la plaque de verre qui glisse devant la lentille, devient autre chose. Tout dépend de la présence d'un médiateur au bon moment.
Pourquoi ça se passe à Pornichet
La question mérite d'être posée, puisque rien ne rattache la ville aux frères Lumière. La réponse est prosaïque : les communes de la Côte d'Amour programment leurs animations culturelles hors saison, entre la Toussaint et Noël, quand les salles sont libres et que les habitants à l'année reprennent possession de leur ville. Un parcours cinéma en novembre remplit une case dans un calendrier, entre deux expositions de peinture et un salon du livre.
Ce n'est pas un reproche. Les 10 000 Pornichétins n'ont pas de cinémathèque à portée de vélo, et Nantes est à une heure de route. Une exposition de ce format, montée avec des moyens raisonnables et quelques prêts, rend un service réel.
Et les courts-métrages régionaux
La programmation associait, comme souvent, une partie patrimoniale et une sélection de films réalisés dans le département. Les deux ne se ressemblent pas et c'est tant mieux. Les courts-métrages tournés autour de l'estuaire, avec les grues de Saint-Nazaire ou les marais salants en arrière-plan, montrent des paysages que les habitants reconnaissent, ce qui change complètement le rapport à l'écran.
Un conseil pour finir : demandez à la personne qui tient l'accueil ce qu'elle préfère dans le parcours. Sur ce type d'exposition, elle a vu passer plusieurs centaines de visiteurs et sait exactement quelle vitrine arrête les gens et laquelle ils traversent sans regarder. C'est la meilleure visite guidée disponible, et elle est gratuite.
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