Chauffage : Faut-il se dépêcher d'acheter des pellets avant qu'ils ne remontent de prix ?
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Poser la question au mois d'avril, c'est déjà avoir la réponse : oui, c'est le bon moment, mais pas pour la raison que les vendeurs mettent en avant. Le prix du granulé ne « remonte » pas par surprise, il suit une courbe saisonnière que tout le monde connaît dans la filière, creux au printemps, pic entre septembre et novembre. L'urgence, elle, est fabriquée. Ce qui compte vraiment, c'est de savoir combien vous gagnez réellement à acheter maintenant, et si vous avez la place pour stocker sans abîmer la marchandise.
Ce qui fait bouger le prix du granulé
Le granulé est fabriqué à partir de sciure et de copeaux, les chutes des scieries. Quand la construction ralentit, les scieries tournent moins, la sciure se raréfie et la matière première monte. C'est ce qui s'est passé en 2022, combiné à une ruée sur les poêles à granulés et à la crise énergétique : le sac de 15 kg est passé d'environ 4 à 5 euros à plus de 10 euros chez certains revendeurs, et la tonne livrée a franchi les 500 euros par endroits.
Depuis, la production a rattrapé son retard et les prix sont redescendus vers des niveaux plus supportables, autour de 6 à 7 euros le sac et 350 à 450 euros la tonne palettisée selon les régions et le volume commandé. Cette accalmie ne supprime pas la saisonnalité : elle la rend juste moins brutale.
Le calendrier, plus utile que les alertes
La règle tient en une phrase : commandez entre avril et juillet, faites-vous livrer avant fin août. Passé la rentrée, les délais s'allongent, les remises disparaissent et les camions sont pris. Les producteurs eux-mêmes le disent : ils préfèrent lisser leur activité sur l'année plutôt que d'encaisser tout leur chiffre en huit semaines, et c'est pour ça qu'ils lâchent des remises au printemps.
L'association interprofessionnelle Propellet, qui regroupe producteurs et distributeurs, publie régulièrement des relevés de prix moyens. C'est une meilleure boussole que les alertes des vendeurs, qui ont un intérêt évident à annoncer une hausse imminente. Comparez au moins trois devis pour le même volume et le même mode de livraison : l'écart entre deux revendeurs distants de vingt kilomètres dépasse souvent l'écart saisonnier qu'on vous vend comme une urgence.
Combien acheter, sans se tromper de moitié
Avant de commander, comptez. Un poêle à granulés qui chauffe le séjour et une partie de l'étage d'une maison des années 1980 consomme entre 1,5 et 2,5 tonnes sur une saison. Une chaudière à granulés qui assure tout le chauffage et l'eau chaude d'une maison de 130 m² monte facilement à 4 tonnes. Le meilleur indicateur reste votre propre consommation de l'hiver précédent : relevez le nombre de sacs brûlés, ajoutez 10 % de marge pour un hiver plus froid, arrondissez à la palette.
Une tonne, c'est environ 66 sacs de 15 kg, soit deux demi-palettes filmées ou une palette pleine selon le conditionnement. Comptez à peu près 1,5 m³ au sol par tonne si vous empilez proprement. Sur la Côte d'Amour, l'obstacle est souvent là : entre les maisons de bord de mer sans garage et les rues étroites de certains quartiers de Pornichet ou du centre de La Baule, le camion à hayon ne passe pas toujours, et le transporteur dépose la palette au plus près, à vous de la rentrer sac par sac.
Regarder la qualité, pas seulement l'étiquette de prix
Un sac à 5,50 euros qui laisse 2 % de cendres coûte plus cher qu'un sac à 6,50 euros qui en laisse 0,5 %, parce que vous videz le cendrier trois fois plus souvent, que le brûleur s'encrasse et que le rendement chute. Les certifications DINplus, ENplus A1 et NF Biocombustibles solides encadrent le taux d'humidité, le taux de cendres et le pouvoir calorifique. Elles ne garantissent pas le meilleur granulé du marché, mais elles éliminent les pires.
Méfiez-vous des lots sans certification vendus au bord d'une route ou sur des annonces en ligne à des prix très inférieurs au marché. La filière a vu passer, en 2022 et 2023, des sacs remplis de granulés déclassés ou humides écoulés à la faveur de la pénurie.
Autre piste, sous-estimée : le groupement d'achat. À trois ou quatre foyers d'un même lotissement, on atteint facilement les six à huit tonnes, seuil à partir duquel beaucoup de négoces appliquent une remise sur la tonne et offrent la livraison. Il faut quelqu'un pour centraliser la commande et les paiements, et un accès camion correct, mais l'économie double parfois celle du simple achat de printemps.
Alors, faut-il se dépêcher ?
Se dépêcher, non. S'organiser, oui. Si vous lisez ceci au printemps avec un poêle en état de marche et un endroit sec où poser deux palettes, passez commande, négociez le volume, faites livrer avant les vacances et n'y repensez plus. Si vous n'avez pas de place au sec, achetez au fil de l'hiver par petites quantités : vous paierez un peu plus cher, mais vous ne perdrez pas une tonne à cause de l'humidité, ce qui coûte bien plus que les 10 % d'écart saisonnier.
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