Comment l'IA a permis de révéler les secrets du cambriolage au Point jeunes de Pornichet ?

Sommaire4 sections
  1. 01Le fait divers, lui, est réel
  2. 02La reconnaissance faciale n'est pas disponible pour ça
  3. 03Ce qu'une IA peut réellement dire d'un fait divers
  4. 04La suite, personne ne la connaît

La réponse est décevante et elle tient en un mot : rien. L'intelligence artificielle n'a révélé aucun secret sur le cambriolage du Point jeunes de Pornichet, elle n'a identifié personne et elle n'a participé à aucune enquête. L'article de Kernews auquel renvoie ce texte s'intitule « ce que l'IA en dit », pas « ce que l'IA a résolu » : une radio a demandé son avis à un logiciel conversationnel sur un fait divers local. La version publiée ici en 2024 a transformé cet exercice de commentaire en opération policière, avec reconnaissance faciale, croisement de fichiers et modélisation des déplacements. Aucune de ces étapes n'a eu lieu, et la plupart seraient illégales.

Le fait divers, lui, est réel

Carrés de potager retournés derrière un local municipal, plants arrachés

Au printemps 2024, le potager du Point jeunes de Pornichet a été vidé. Pas quelques pieds de tomates : la totalité des plants. Le Point jeunes est une structure municipale d'accueil des adolescents, et un potager y sert à occuper des gamins pendant les vacances, à leur montrer combien de semaines sépare un semis d'une salade. C'est cette patience-là qui a été volée, pour une valeur marchande dérisoire.

Un vol de légumes ne mobilise ni brigade spécialisée ni logiciel d'analyse. Il donne lieu à une plainte, parfois à un passage de la police municipale, et le plus souvent à rien du tout. Le dire n'enlève rien à l'affaire, cela la remet à sa place.

La reconnaissance faciale n'est pas disponible pour ça

Le point mérite d'être clair, parce qu'il revient partout. En France, la reconnaissance faciale appliquée à des images de vidéoprotection n'est pas un outil que l'on branche sur les caméras d'une commune. La loi du 19 mai 2023 relative aux Jeux olympiques a autorisé, à titre expérimental et encadré, la vidéoprotection algorithmique, celle qui détecte un mouvement de foule ou un colis abandonné. Elle a exclu explicitement la reconnaissance faciale de ce dispositif.

Quant au croisement avec les cartes grises ou les bornages téléphoniques, il passe par des réquisitions judiciaires signées par un magistrat, dans le cadre d'une procédure ouverte. Ce n'est pas un algorithme qui décide de les demander, et sûrement pas pour un potager.

Ce qu'une IA peut réellement dire d'un fait divers

Interrogé sur un cambriolage, un modèle de langage produit un commentaire moyen : profils probables, conseils de prévention, considérations sur le lien social. Il n'a accès à aucune image, à aucun témoignage, à aucun élément d'enquête. Ce qu'il rend est une synthèse de ce qui s'écrit d'habitude sur ce genre d'affaire, jamais une information nouvelle sur celle-ci.

Interroger une machine pour meubler une chronique de radio est un exercice honnête tant qu'on le présente comme tel. Le glissement commence quand un site reprend l'exercice et écrit que l'IA a « permis de révéler ». Il n'y a plus de source, plus de fait, seulement une histoire qui se raconte bien.

Le test est simple et il fonctionne sur n'importe quel article : cherchez qui parle. Un enquêteur cité, un procureur, un élu, un responsable de service, même sous couvert d'anonymat. S'il n'y a personne, s'il n'y a que des « l'IA a permis de » et des « les algorithmes ont révélé », le texte ne repose sur aucune source et décrit une scène de série télévisée.

La suite, personne ne la connaît

Nous ne savons pas si une plainte a été déposée, si des auteurs ont été retrouvés, ni si le potager a été replanté à l'été 2024. Aucune source publique ne le dit, et nous n'allons pas combler le trou avec une fin arrangeante. Ce que l'on sait tient en trois lignes : un potager d'équipement jeunesse vidé à Pornichet, une radio locale qui en a parlé, et une intelligence artificielle qui n'y était pour rien.

Source: www.kernews.com

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