découverte de l'île de Sainte-Marguerite, un joyau naturel et historique
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Sainte-Marguerite se visite en une journée, et la plupart des gens s'y prennent mal. Ils arrivent à midi avec le bateau plein, font la queue au seul restaurant du débarcadère, tournent une heure autour du fort et repartent avec le ferry de 17 h en trouvant l'île « jolie mais petite ». L'île fait environ trois kilomètres de long sur neuf cents mètres de large, elle est couverte de forêt et bordée de criques. Le problème n'est pas sa taille, c'est l'ordre dans lequel on la parcourt.
L'itinéraire à l'envers, celui qui marche
Au débarquement, tout le monde monte vers le Fort Royal, qui est juste au-dessus. Faites l'inverse. Prenez le sentier vers l'ouest ou vers l'est, marchez quarante minutes, installez-vous dans une crique pendant que les autres font la queue, et gardez le fort pour le milieu de l'après-midi, quand les groupes commencent à redescendre vers les bateaux.
Le sentier littoral fait le tour de l'île presque au ras de l'eau. Il est plat, ombragé sur la moitié du parcours, et il donne accès à une série d'anses où l'on se baigne depuis les rochers ou depuis de petits replats de galets. Les fonds sont clairs et la posidonie très visible.
Le Fort Royal, un homme masqué et beaucoup d'ignorance
Le fort couronne le point haut de l'île, face à Cannes. Les Espagnols l'occupent brièvement au XVIIe siècle, Vauban passe derrière et corrige l'ouvrage, et l'ensemble devient une prison d'État. C'est là qu'a été détenu, entre 1687 et 1698, le prisonnier masqué que Saint-Mars a ensuite conduit à la Bastille.
Sur son identité, disons la chose clairement : on ne sait pas. Ni Voltaire, ni Dumas, ni les archivistes qui ont épluché la correspondance de Louvois n'ont produit de preuve. Les hypothèses sérieuses tournent autour d'Eustache Danger, un valet, et du comte Mattioli, diplomate mantouan. Le frère jumeau du roi est une invention romanesque du XIXe siècle. La cellule qu'on visite est authentique, la légende qu'on y raconte ne l'est pas.
Le musée de la Mer, plus intéressant qu'il n'en a l'air
Installé dans le fort, le musée de la Mer présente des collections issues des fouilles sous-marines menées autour des îles de Lérins. La pièce forte n'est pas une arme ni un portrait : c'est le matériel remonté d'épaves antiques, notamment des amphores et des éléments de cargaison du navire du Batéguier, un bâtiment arabe coulé au large au Xe siècle. On y voit aussi les citernes romaines taillées dans la roche, qui servaient déjà à stocker l'eau douce.
Comptez une heure si vous lisez les cartels. Les salles sont fraîches, ce qui en fait la bonne halte du milieu d'après-midi en été.
La forêt, l'étang et pourquoi ça sent l'eucalyptus
L'intérieur de l'île est boisé de pins d'Alep et d'eucalyptus. Ces derniers n'ont rien d'un décor méditerranéen d'origine : ils ont été plantés au XIXe siècle, à une époque où l'on croyait qu'ils assainissaient les zones marécageuses et repoussaient le paludisme. La théorie était fausse, les arbres sont restés, et ils donnent à l'île son odeur particulière quand il fait chaud.
Au centre, l'étang du Batéguier est une lagune saumâtre classée en zone protégée. Elle accueille des hérons, des aigrettes et des limicoles de passage. On l'observe depuis le sentier, sans y descendre : les berges sont fragiles et l'endroit sert de halte migratoire.
Ce qu'il faut emporter, sérieusement
De l'eau, d'abord. Il n'y a que quelques points d'eau, tous près de l'embarcadère, et rien sur le tour de l'île. Ensuite un pique-nique, parce que l'offre de restauration se limite à deux ou trois adresses et qu'elles affichent complet dès 12 h 30 en saison. Des chaussures fermées pour le sentier, qui est caillouteux par endroits. Et de quoi remporter vos déchets : il n'y a pas de collecte à chaque crique.
Le dernier bateau part en fin d'après-midi et l'horaire varie selon la saison. Photographiez le tableau des rotations en débarquant. Personne ne dort sur l'île, et rater la dernière navette n'a rien d'une aventure romantique.
Et Saint-Honorat, juste en face
La seconde île de Lérins se trouve à quelques centaines de mètres au sud. Elle appartient à une communauté de moines cisterciens qui y cultivent la vigne et y vendent leur vin. L'ambiance n'a rien à voir : pas de baignade organisée, un monastère en activité, un monastère fortifié médiéval au bord de l'eau, et une règle de silence qu'on demande aux visiteurs de respecter.
Si vous n'avez qu'un jour, choisissez Sainte-Marguerite pour la baignade et l'histoire militaire, Saint-Honorat pour le calme. Les faire toutes les deux dans la même journée donne deux visites bâclées.
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