Découvrez le secret de l'électricité verte : cette source d'énergie révolutionnaire va-t-elle sauver la planète ?
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Il n'y a pas de secret de l'électricité verte, et c'est la seule réponse honnête à la question. Il y a un mécanisme comptable, la garantie d'origine, que la plupart des offres commerciales appellent « électricité verte » sans jamais expliquer ce qu'il recouvre. Comprendre ce mécanisme prend dix minutes et change la façon dont on lit un contrat de fourniture. Le reste, les turbines, les panneaux, le vent : c'est de la technique connue depuis longtemps, et elle est visible depuis la plage.
Le point physique que personne ne peut contourner
Un électron ne porte pas d'étiquette. Tout ce qui est produit à un instant donné en France, par le nucléaire, l'hydraulique, l'éolien, le gaz ou les interconnexions avec la Belgique et l'Allemagne, entre dans le même réseau et en ressort mélangé. Quand vous branchez une bouilloire à Saint-Nazaire, vous consommez le mix du moment, celui que RTE affiche en temps réel sur son site, et absolument rien d'autre. Aucun fournisseur, aucun contrat, aucune technologie ne peut vous envoyer spécifiquement les kilowattheures du banc de Guérande.
Ce point ne discrédite pas les offres vertes. Il oblige simplement à comprendre ce qu'elles vendent, puisqu'elles ne peuvent pas vendre une provenance physique.
La garantie d'origine, en clair
Le système existe à l'échelle européenne. Chaque fois qu'un producteur injecte un mégawattheure d'origine renouvelable sur le réseau, il reçoit un certificat électronique : une garantie d'origine. Ce certificat s'échange indépendamment de l'électricité elle-même, et il est annulé quand un fournisseur le présente pour justifier une offre verte. En France, le registre est tenu par EEX.
Un fournisseur peut donc acheter son électricité sur le marché de gros, sans se soucier de sa provenance, puis acheter séparément des garanties d'origine, parfois émises par un barrage norvégien ou une centrale géothermique islandaise, et vendre le tout comme une offre 100 % verte. C'est légal, c'est encadré, et cela ne fait pousser aucune éolienne supplémentaire. Le prix de ces certificats a longtemps tourné autour de quelques dizaines de centimes par mégawattheure, avant de monter à quelques euros à partir de 2022 : rapporté à une facture annuelle, cela représente une poignée d'euros.
Ce que la France produit vraiment
Les chiffres du bilan électrique de RTE pour 2023 valent mieux qu'un débat : environ 495 térawattheures produits, dont 320 d'origine nucléaire, 58 d'hydraulique, 51 d'éolien et 21 de solaire. Le renouvelable pèse donc près du quart de la production, l'hydraulique restant de loin le premier contributeur, avec des barrages construits en majorité entre 1950 et 1980.
Cette structure explique une chose souvent mal comprise localement : l'électricité française est déjà l'une des moins carbonées d'Europe, très loin devant l'Allemagne ou la Pologne, sans que le renouvelable y soit majoritaire. Le nucléaire n'ouvre droit à aucune garantie d'origine puisqu'il n'est pas renouvelable, mais il n'émet pas de CO2 à la production. Une offre verte n'améliore donc pas le contenu carbone de ce qui sort de votre prise : il est déjà bas.
Le stockage, autre sujet mal posé
On répète que l'intermittence exige des batteries. La France stocke déjà de l'électricité à grande échelle, et depuis longtemps, avec les stations de transfert d'énergie par pompage : on remonte de l'eau dans un lac d'altitude quand l'électricité est abondante, on la relâche dans les turbines aux heures de pointe. Grand'Maison, en Isère, développe 1 800 mégawatts à elle seule. Le parc français de ces installations approche les 5 gigawatts, sans une seule batterie au lithium.
Ce qui manque, en revanche, c'est la souplesse de la demande. Un chauffe-eau qui se déclenche à 14 h un jour de grand soleil au lieu de 2 h du matin absorbe une production solaire qui serait autrement bradée sur le marché. Les compteurs communicants savent déjà faire ce pilotage, et les offres tarifaires qui l'exploitent restent rares en 2024.
Reste à savoir ce qu'un particulier peut faire de tout cela. Souscrire une offre premium si l'on veut peser sur le mix, oui. Croire qu'on va sauver la planète en changeant de contrat, non : le geste qui compte pour un foyer chauffé à l'électricité reste l'isolation du logement, dont l'effet se mesure en milliers de kilowattheures évités chaque hiver, pas en certificats.
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