Des travaux essentiels pour combler la perte de 30 000 m³ de sable à La Baule et 23 000 m³ à Pornichet
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Chaque hiver, la mer prend du sable en bas de plage et le remonte en partie l'été suivant. Sur la baie, le bilan a fini par pencher du mauvais côté : environ 30 000 m³ manquants à La Baule et 23 000 m³ à Pornichet. Ces deux chiffres reviennent dans tous les articles, rarement accompagnés de la seule question qui compte pour un habitant : d'où vient ce sable qu'on remet, qui le paie, et est-ce qu'on le refera l'an prochain. C'est l'angle de ce texte, et il faut commencer par tordre le cou à une confusion tenace.
Ce que veulent dire 30 000 m³
Un mètre cube de sable sec pèse dans les 1,5 tonne. Trente mille mètres cubes, c'est donc de l'ordre de quarante mille tonnes, et à peu près l'équivalent de deux mille camions de chantier si on devait le transporter par la route. Personne ne fait ça par la route, justement, et on comprend pourquoi dès qu'on pose les volumes.
Rapporté aux neuf kilomètres de sable de la baie, ce déficit ne se voit pas partout. Il se concentre sur des secteurs précis : les extrémités de plage, les abords des perrés et des épis, les zones où un ouvrage en dur renvoie l'énergie de la houle vers le bas au lieu de la laisser se dissiper. C'est là que le bas de plage se creuse, que les escaliers finissent avec une marche de trop, et que les plagistes voient l'estran reculer d'une saison à l'autre.
Il faut aussi rappeler que ces volumes sont des estimations issues de levés topographiques, comparés d'une campagne à l'autre. On ne mesure pas un tas de sable au décimètre près sur neuf kilomètres de côte. Un chiffre annoncé à 30 000 m³ dit un ordre de grandeur, pas une comptabilité.
Le sable ne vient pas d'ailleurs, il vient d'à côté
La méthode employée sur ce littoral n'est pas un apport extérieur par barge, comme on en voit sur certaines côtes plus exposées. C'est un transfert : on prend le sable là où il s'accumule, souvent en bas de plage ou dans un secteur d'engraissement naturel, et on le remonte là où il manque. Des engins de terrassement, un ballet de tombereaux, quelques semaines de travail en dehors de la saison balnéaire.
Cette technique a un mérite : elle est réversible, peu coûteuse comparée à un ouvrage en dur, et elle ne change pas la nature du sédiment. Elle a un défaut, et il est de taille : elle ne crée pas de sable. Elle en déplace. Si le stock global de la baie diminue, on redistribue une pénurie.
Pourquoi le sable part
Trois mécanismes se cumulent, et ils n'ont pas le même poids. La houle d'hiver arrache le haut de plage et le redépose au large, en barre sous-marine : ça, c'est le cycle normal, réversible à l'échelle de l'année. La montée du niveau marin décale ce cycle vers l'intérieur des terres, lentement, et grignote le budget sédimentaire d'année en année. Enfin, les aménagements du littoral, remblais, digues, épis, cales de mise à l'eau, bloquent le transit du sable le long de la côte. Un épi qui retient du sable d'un côté en prive l'autre côté, mécaniquement.
Le troisième point est celui dont on parle le moins, parce qu'il met en cause des ouvrages qu'on ne va pas démolir. Le front de mer de La Baule et celui de Pornichet sont construits. Une plage adossée à un mur ne peut pas reculer : quand la mer monte, elle se pince entre le mur et l'eau, et elle s'amincit. Ce phénomène a un nom, le pincement côtier, et c'est lui qu'on compense à la pelleteuse tous les printemps.
Les autres leviers, et ce qu'ils valent vraiment
La végétalisation du haut de plage et des cordons dunaires marche, à condition qu'il reste de la dune. Des oyats plantés derrière des ganivelles fixent le sable soufflé par le vent et reconstituent un bourrelet en quelques saisons. C'est lent, discret, et de loin le meilleur rapport entre le coût et l'effet. Le problème, sur ce secteur, c'est qu'entre le remblai et la mer il ne reste presque plus de place pour une dune.
Les ouvrages de protection en dur, gabions, épis, brise-lames, protègent ce qui est derrière eux et déplacent le problème plus loin sur la côte. Ils ne sont pas inutiles, ils sont locaux. Les présenter comme une solution à l'échelle de la baie serait malhonnête.
Reste la question que personne n'aime poser en station balnéaire : jusqu'où continue-t-on à payer pour maintenir une plage à sa cote actuelle, et à partir de quand accepte-t-on qu'elle change de forme ? Le rechargement annuel achète du temps. Il n'achète pas une réponse.
Une dernière remarque, pour ceux qui vivent de la plage. Un rechargement de printemps se voit sur le terrain jusqu'en juillet, puis les premiers coups de vent d'août redessinent le profil. Un été où le sable paraît maigre à la mi-août ne signifie pas que l'opération a raté : elle a simplement fait son travail au moment où la fréquentation était la plus forte. Le vrai test tombe en février suivant, quand on regarde ce qu'il reste après les tempêtes. C'est cette mesure-là, et pas la photo de juillet, que les services techniques suivent d'une année sur l'autre.
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