Disparition de Jean-Claude Empereur, le maire visionnaire qui a redéfini l'avenir de Pornichet

Sommaire6 sections
  1. 01Un énarque dans une mairie de 10 000 habitants
  2. 02Ce que Marcel Doudin lui a passé, et pourquoi
  3. 03Urbanisme : la fenêtre 1984-1995
  4. 04Un mandat régional pour aller chercher l’argent
  5. 05« Visionnaire » : le mot est-il juste ?
  6. 06Ce qu’il reste après le départ des élus

Le mot « visionnaire » revient à chaque disparition d’élu, et il ne veut à peu près rien dire. Dans le cas de Jean-Claude Empereur, maire de Pornichet de 1984 à 1995, il recouvre pourtant quelque chose de précis : un haut fonctionnaire formé à Sciences Po et à l’ENA, passé par le ministère des Finances, qui débarque en 1983 à la tête d’une commune balnéaire de Loire-Atlantique et y applique des méthodes qu’on ne voyait pas souvent dans une mairie de cette taille. C’est cette trajectoire, plutôt que l’adjectif, qui mérite d’être racontée.

Un énarque dans une mairie de 10 000 habitants

Il faut se représenter ce que cela signifiait au milieu des années 1980. Les communes de cette taille étaient encore administrées de façon très artisanale, avec des budgets tenus à la main et peu d’ingénierie de projet. Les lois de décentralisation de 1982 et 1983 venaient de transférer aux maires des compétences qu’ils n’avaient jamais exercées, à commencer par le permis de construire. Beaucoup d’élus locaux ont découvert ces responsabilités en marchant.

Arriver là avec une formation d’administrateur des finances publiques changeait la donne. On sait lire un plan de financement, on connaît les circuits de subvention, on sait comment un dossier remonte à la préfecture et pourquoi il s’y bloque. Ce n’est pas de la vision, c’est du métier. Mais dans une commune qui doit financer un port et des équipements sportifs, ce métier vaut cher.

Ce que Marcel Doudin lui a passé, et pourquoi

La succession de 1983 n’était pas une conquête. Le maire sortant, Marcel Doudin, est allé chercher Empereur pour lui proposer de reprendre la commune. Ce type de passage de témoin, courant dans les municipalités de l’Ouest à cette époque, dit quelque chose de la vie politique locale d’alors : on désignait un successeur dans une continuité, plutôt que de s’affronter dans une campagne ouverte.

Urbanisme : la fenêtre 1984-1995

C’est là que se situe le vrai enjeu du mandat. Pornichet, comme toutes les communes du littoral atlantique, était sous pression foncière : résidences secondaires, promoteurs, terrains qui prennent de la valeur d’une année sur l’autre. Un maire de station passe le plus clair de son temps à arbitrer entre ce que la commune peut construire et ce qu’elle doit préserver.

Les décisions prises alors se lisent encore dans le paysage : nouveaux espaces publics, programmes de logements, remise à niveau d’infrastructures vieillissantes. Toutes ne feraient pas consensus aujourd’hui, et il serait malhonnête de prétendre l’inverse. Les critères d’acceptabilité d’un programme immobilier sur le littoral ont changé du tout au tout en trente ans. Mais l’équilibre trouvé à l’époque a évité à Pornichet certaines dérives visibles ailleurs sur la côte.

Un mandat régional pour aller chercher l’argent

Les six années passées au conseil régional des Pays de la Loire relèvent de la même logique pratique. C’est à ce niveau que se décident les cofinancements sur les équipements, les routes, le tourisme. Pour une commune moyenne, avoir son maire dans l’assemblée régionale raccourcit les circuits. Ce n’est pas glorieux mais c’est efficace, et cela explique probablement plus de réalisations que n’importe quel discours d’inauguration.

« Visionnaire » : le mot est-il juste ?

Franchement, non, pas au sens où on l’emploie d’habitude. Empereur n’a pas inventé une doctrine ni anticipé un bouleversement que personne ne voyait venir. Il a fait ce que fait un bon gestionnaire de commune : identifier ce qui manque, trouver l’argent, mener le chantier jusqu’au bout, et recommencer. Sur onze ans, cette régularité produit davantage qu’un grand projet emblématique.

Si l’on tient à garder le mot, on peut le justifier autrement : il a compris avant beaucoup d’autres qu’une station balnéaire ne survit pas en misant tout sur les huit semaines d’été, et qu’il fallait des équipements pour ceux qui restent en février. C’est une vision, au sens le plus concret du terme.

Ce qu’il reste après le départ des élus

Un maire honoraire qui reste trente ans dans sa commune après la fin de son mandat, c’est une mémoire vivante pour les équipes qui lui succèdent. Empereur est resté impliqué dans la vie associative de Pornichet bien après 1995, sans chercher à revenir. Cette manière de sortir compte autant que la manière d’entrer. Nous revenions sur son parcours et sur les réactions à sa disparition dans l’hommage rendu par la ville de Pornichet à son ancien maire.

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