Dix ans de délices : Les Rencontres Gourmandes célèbrent leur anniversaire à Pornichet
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Dix ans, pour un salon gourmand, c'est l'âge où l'on sait si le modèle tient. Les Rencontres Gourmandes de Pornichet ont fêté leur dixième édition le week-end des 16 et 17 novembre 2024, sous la houlette de Xavier Perrinel, à qui l'on doit aussi le Passeport gourmand. Plutôt que de refaire la liste des bonnes choses à goûter, regardons l'événement du côté de ceux qui tiennent les stands : un salon de ce type se juge à ce qu'il rapporte au producteur qui a chargé sa camionnette le vendredi soir.
Le calcul d'un producteur avant de dire oui
Tenir un stand pendant deux jours coûte davantage que le prix de l'emplacement. Il faut compter deux personnes mobilisées du vendredi au dimanche soir, le transport, souvent une nuit d'hôtel, et la marchandise préparée en avance sans savoir si elle partira. Un fromager ou un charcutier qui participe à un salon de cette taille cherche donc au moins l'un de ces trois retours : des ventes directes sur le week-end, des commandes qui suivront pendant les fêtes, ou le contact d'un revendeur.
Le troisième point est celui dont on parle le moins et qui pèse le plus. Une épicerie fine ou un restaurateur qui passe sur le salon peut représenter, à lui seul, plus de chiffre d'affaires sur l'année que l'ensemble des ventes du dimanche.
Ce que la période de novembre change
Le choix du milieu du mois de novembre n'a rien d'anodin. C'est la fenêtre pendant laquelle les acheteurs préparent les fêtes : foie gras, terrines, fromages d'affinage long, vins à mettre de côté. Un salon gourmand placé en juillet vend de la glace et des souvenirs. Le même en novembre vend des paniers de Noël, avec un panier moyen bien plus élevé.
Pour une station balnéaire, ce calendrier a un autre effet. Il fait vivre les commerces et les hébergements pendant le creux de l'automne, quand la fréquentation touristique de la côte s'effondre. Un événement de milieu de saison creuse vaut, pour l'économie locale, plusieurs manifestations estivales qui ne font que déplacer des visiteurs déjà présents.
Breton ou ligérien, la question qui agace
Les Rencontres Gourmandes mettent en avant le terroir de la région, et l'on y croise du sel de Guérande, des produits de l'estuaire, des fromages et des charcuteries de l'Ouest. Reste que Pornichet se trouve en Loire-Atlantique, donc en Pays de la Loire depuis 1955, sur un territoire de tradition bretonne. Parler de gastronomie bretonne à Pornichet n'est ni faux ni tout à fait exact, et la formulation fait toujours réagir quelqu'un. La bonne réponse tient peut-être dans le contenu des étals : ils dessinent une aire qui va du golfe du Morbihan au vignoble nantais, sans se soucier des limites administratives.
Ateliers et démonstrations : à qui ça sert
Les ateliers de cuisine remplissent une fonction précise dans un salon : ils retiennent les visiteurs. Une personne qui passe quarante minutes en atelier reste ensuite deux fois plus longtemps dans les allées, et achète davantage. Pour l'organisateur, ce sont des minutes gagnées sur la fuite naturelle du public vers la sortie. Pour le visiteur, c'est surtout l'occasion de comprendre pourquoi un produit coûte ce qu'il coûte, ce qui est la meilleure façon de le vendre.
Ce que le Passeport gourmand apporte au salon
L'organisateur des Rencontres Gourmandes n'est pas un événementiel généraliste : le Passeport gourmand est un carnet de réductions chez des restaurateurs et des artisans, vendu par département. Ce métier suppose un fichier d'adresses de professionnels de la table constitué sur des années, et un public d'abonnés déjà intéressé par le sujet. Monter un salon dans ces conditions revient à travailler avec un carnet ouvert : on sait qui inviter, et à qui envoyer l'information. Beaucoup de manifestations gastronomiques échouent précisément là, faute de connaître les producteurs autrement que par un annuaire.
Dix ans, et après
La difficulté d'un salon qui dure tient au renouvellement. Le même public revient, avec les mêmes producteurs, et l'événement peut se figer en habitude confortable qui perd des visiteurs sans s'en rendre compte. Ceux qui tiennent au-delà de dix ans sont en général ceux qui changent chaque année un tiers de leurs exposants, quitte à fâcher des fidèles. C'est le pari le moins agréable à faire pour un organisateur, et probablement le plus utile.
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