Faut-il vraiment éteindre son chauffage au sol la nuit ? Découvrez pourquoi cette habitude peut faire exploser votre facture !
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Couper un plancher chauffant la nuit ne fait pas « exploser » votre facture, et il faut se méfier des titres qui promettent des catastrophes. En revanche, l'opération ne rapporte presque rien et vous coûte deux matinées de confort par semaine. La raison tient dans un seul chiffre : la dalle. Sept centimètres de chape au-dessus de tubes chauffants, cela représente plusieurs centaines de kilos de béton par pièce, et cette masse met quatre à huit heures à changer de température. Vous coupez à 23 heures, le sol continue de restituer jusqu'à 3 heures du matin, puis il refroidit lentement. À 7 heures, quand vous relancez, la dalle est froide et il lui faudra la matinée pour revenir. Le chauffage n'a pas cessé de fonctionner, il a juste travaillé au mauvais moment.
Ce que raconte l'argument des moisissures, et pourquoi il ne tient pas
On lit partout qu'un plancher coupé la nuit ferait grimper l'humidité et donnerait des moisissures et des acariens. Sur ce point, le raisonnement est bancal. L'humidité relative monte quand la température baisse, c'est vrai en physique, mais un abaissement de deux ou trois degrés pendant six heures dans une maison ventilée ne crée aucune condensation sur les murs. Les moisissures apparaissent dans les logements mal ventilés, aux ponts thermiques marqués, avec une VMC bouchée ou débranchée. La consigne nocturne n'y est pour rien.
Le même flou entoure l'argument de l'usure prématurée. Une pompe à chaleur souffre effectivement des cycles courts, mais ce sont les démarrages répétés à quelques minutes d'intervalle qui l'abîment, pas un abaissement programmé une fois par nuit. Autant garder les vraies raisons, elles suffisent.
La vraie raison : le rendement de la relance
Un plancher chauffant relié à une pompe à chaleur fonctionne à basse température, avec une eau de départ entre 30 et 35 degrés par temps doux. Cette basse température fait tout l'intérêt du système : plus l'écart entre la source extérieure et l'eau du circuit est faible, plus la machine consomme peu. Chaque degré gagné sur la température de départ améliore le rendement de deux à trois pour cent.
Une relance matinale casse ce réglage. Pour remonter une dalle froide vite, la régulation monte la température de départ, parfois jusqu'à 40 ou 45 degrés, et la pompe à chaleur travaille alors dans sa plage la moins efficace, pendant plusieurs heures, souvent au moment où il fait le plus froid dehors. Ce que vous avez économisé la nuit part dans la relance, et un peu plus encore.
Le bon réglage : un abaissement, pas un arrêt
La programmation qui fonctionne tient en deux consignes. Une consigne de jour, 20 ou 21 degrés selon les habitudes, et une consigne de nuit inférieure d'un degré, deux au maximum. Le thermostat pilote alors une dérive douce que la dalle absorbe sans à-coup, et la relance se fait sans montée de la loi d'eau.
Le déclenchement doit aussi tenir compte de l'inertie. Un abaissement programmé à 23 heures produit son effet vers 2 ou 3 heures du matin, une relance à 5 heures se ressent vers 7 ou 8 heures. Les régulations récentes gèrent cette anticipation toutes seules à partir de la sonde extérieure. Sur un thermostat plus ancien, il faut décaler les horaires de deux à trois heures à la main, ce qui explique une bonne partie des installations mal réglées : le propriétaire a programmé comme il aurait programmé un radiateur.
Le cas du plancher électrique, qui change la donne
Tout ce qui précède vaut pour un plancher à eau. Un plancher électrique à câbles noyés dans la dalle obéit à une autre logique : il n'y a pas de température de départ à régler au plus juste, un kilowattheure consommé donne un kilowattheure de chaleur, quelle que soit l'heure. Ce qui change, c'est le tarif.
Avec un abonnement heures pleines et heures creuses, charger la dalle entre 23 heures et 7 heures et laisser l'inertie faire le travail dans la journée devient logique. C'est même le principe des planchers rayonnants à accumulation des années 1980 et 1990, encore présents dans beaucoup de maisons de la côte. Là, couper « la nuit » serait exactement l'erreur inverse : c'est la nuit qu'il faut chauffer.
Résidence secondaire : la seule vraie coupure justifiée
Entre Pornichet et Guérande, beaucoup de maisons ne sont occupées que quelques week-ends par an hors saison. Pour ces logements, l'abaissement long a du sens : consigne à 15 ou 16 degrés en votre absence, jamais de coupure totale (le hors-gel ne protège pas le confort, seulement la plomberie), et une remise en température lancée 24 à 36 heures avant l'arrivée.
Un plancher chauffant ne rattrape pas une maison froide en une soirée. Si vous arrivez le vendredi à 20 heures dans une maison laissée à 12 degrés, le sol sera tiède le samedi midi et la maison confortable le samedi soir. Une prise connectée sur le thermostat coûte une trentaine d'euros et règle le problème, à condition d'avoir une box qui tient allumée en votre absence.
Reste la question du confort, rarement chiffrée mais bien réelle. Un sol à 24 degrés donne une impression de chaleur que 21 degrés d'air ne remplacent pas. La coupure nocturne sacrifie cette sensation en premier. Beaucoup de gens qui coupent leur plancher finissent par remonter la consigne de jour pour compenser, et se retrouvent à consommer plus qu'avant sans comprendre pourquoi.
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