La 5e édition du festival de bande dessinée à Pornichet, Déam’bulle, rencontre un franc succès

Sommaire5 sections
  1. 01L'hippodrome, une contrainte transformée en atout
  2. 02Vingt-cinq auteurs, et ce que ça implique
  3. 03Deux spectacles qui sortent du format habituel
  4. 04Les bénévoles, variable cachée du budget
  5. 05Ce qu'une cinquième édition prouve

Un festival de bande dessinée qui attire 4 000 personnes dans une commune de 10 000 habitants, ce n'est pas une affaire de programmation, c'est d'abord une affaire de mètres carrés. Les 5 et 6 avril 2025, la cinquième édition de Déam'bulle a rempli l'hippodrome de Pornichet, et c'est ce choix de lieu, plus que la liste des invités, qui explique pourquoi cette édition a tenu la charge là où une salle des fêtes aurait craqué.

L'hippodrome, une contrainte transformée en atout

Un festival BD a trois besoins matériels difficiles à concilier. Il faut des tables de dédicace en enfilade, avec de la file d'attente qui ne bloque pas la circulation. Il faut des espaces séparés pour les ateliers, sinon le bruit rend le travail impossible. Et il faut un endroit où garer plusieurs centaines de voitures un dimanche d'avril, dans une ville dont les parkings de bord de mer sont déjà les plus disputés du département.

L'hippodrome de Pornichet coche les trois. Les espaces sous tribunes et les halls encaissent le flux, les pelouses absorbent le stationnement, et la desserte se fait sans traverser le centre. Pour des familles qui arrivent avec une poussette et repartent avec une pile d'albums, la question du plain-pied compte davantage qu'on ne le croit.

Vingt-cinq auteurs, et ce que ça implique

Le mot festival recouvre deux réalités que les visiteurs distinguent mal. Il y a le salon, avec ses stands de libraires et d'éditeurs, où se fait le chiffre d'affaires de la manifestation. Et il y a la programmation, ateliers, expositions, spectacles, qui coûte de l'argent et n'en rapporte presque pas. La première finance la seconde, et l'équilibre se joue chaque année sur quelques centaines d'entrées.

Recevoir vingt-cinq auteurs en dédicace n'a rien d'anodin pour un festival de cette taille. Il faut les loger, les nourrir, les transporter depuis la gare de Saint-Nazaire, et surtout leur assurer un flux de lecteurs suffisant pour que le déplacement ait un sens. Un auteur qui passe deux jours derrière une table sans voir personne ne revient pas l'année suivante, et le bouche-à-oreille circule vite dans ce milieu.

L'équilibre du plateau est l'autre exercice délicat. Il faut du manga pour les adolescents, du franco-belge pour les parents, du jeunesse pour les plus petits et un ou deux noms qui font venir de loin. Trop pointu, la fréquentation s'effondre. Trop grand public, les libraires spécialisés décrochent.

Deux spectacles qui sortent du format habituel

La programmation 2025 comportait deux propositions scéniques, ce qui reste rare à cette échelle. Ancre Noire, un BD concert joué par l'Orchestre symphonique de Saint-Nazaire, adaptait la catastrophe de l'Amoco Cadiz, dont le naufrage au large de Portsall en mars 1978 a marqué toute la façade atlantique. Faire jouer une formation symphonique locale sur un récit de marée noire, devant un public de festival BD, c'est un pari qui aurait pu tomber à plat.

La seconde proposition, La Forêt millénaire, jouait sur l'image et le son dans un dispositif immersif. Le format sert bien la bande dessinée : il montre le dessin en grand, ce que la lecture individuelle ne permet jamais, et il donne aux non-lecteurs une porte d'entrée.

Les bénévoles, variable cachée du budget

Aucun festival de cette taille ne survit sans une centaine de mains gratuites. Billetterie, accueil des auteurs, montage et démontage des stands, gestion des files, tenue de la buvette : ces postes représenteraient, s'ils étaient salariés, une part majeure du budget. C'est aussi ce qui rend ces manifestations fragiles, parce qu'une équipe de bénévoles s'use, vieillit, et ne se renouvelle pas automatiquement.

Les écoles de Pornichet ont été associées en amont, avec des travaux d'élèves et des rencontres préparées en classe. Cette mécanique a un effet secondaire utile : elle amène les parents le week-end. Un enfant qui a travaillé sur un album en classe veut montrer son dessin, et la famille suit.

Ce qu'une cinquième édition prouve

Beaucoup de festivals meurent entre la troisième et la cinquième année, quand l'effet nouveauté retombe et que l'équipe fondatrice fatigue. Passer ce cap avec une fréquentation en hausse veut dire que le rendez-vous est entré dans les habitudes locales, au même titre que les autres manifestations qui rythment l'année à Pornichet, du festival d'inauguration de la place des Océanes aux rendez-vous musicaux de Noël.

Reste la question que se posent tous les organisateurs après un record : faut-il grandir. Doubler la jauge, c'est changer de catégorie de sécurité, de budget et de logistique, et prendre le risque de perdre ce qui fait qu'on y va, la possibilité de parler cinq minutes à un auteur sans être poussé par la file.

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