La vitesse est-elle en passe de devenir limitée à 30 km/h dans toute cette station balnéaire de Loire-Atlantique ?
Sommaire5 sections
Réponse courte, telle qu'on pouvait la donner en décembre 2024 : non. Aucune délibération générale sur le passage de Pornichet à 30 km/h n'avait été votée, ni même inscrite à l'ordre du jour du conseil municipal. La ville dont il était question dans les articles de l'époque, c'est Tours, qui basculait au 1er janvier 2025. Le reste relevait de la spéculation. Autant profiter de la question pour regarder ce que change réellement une ville à 30, parce que la plupart des idées qui circulent sur le sujet sont fausses dans les deux sens.
Ce que recouvre vraiment l'expression « ville à 30 »
Le terme est trompeur. Quand une commune annonce le passage à 30 km/h, elle inverse le principe par défaut : le 30 devient la règle sur la voirie communale, et le 50 subsiste sur les axes désignés, généralement les pénétrantes, les boulevards de contournement et les routes départementales qui traversent la commune. À Grenoble, pionnière en 2016, comme à Nantes ou à Lille ensuite, entre 10 et 20 % du linéaire reste à 50.
Pour Pornichet, cela signifierait que le boulevard des Océanides et les rues du centre passeraient à 30, tandis que les axes d'entrée de ville resteraient probablement à 50. Autrement dit, un changement massif sur les rues où l'on habite, et rien sur celles où l'on traverse.
Les distances d'arrêt, seul argument qui ne se discute pas
Sur chaussée sèche, un véhicule roulant à 50 km/h parcourt environ 14 mètres pendant le temps de réaction du conducteur, puis 14 mètres de freinage : 28 mètres au total. À 30 km/h, on tombe à environ 8 mètres de réaction et 5 mètres de freinage, soit 13 mètres. Un enfant qui déboule entre deux voitures à 15 mètres est évité dans un cas, percuté dans l'autre.
L'énergie du choc suit le carré de la vitesse. Un impact à 50 km/h libère près de trois fois l'énergie d'un impact à 30. C'est cette courbe, et non un discours sur la mobilité douce, qui explique pourquoi les services de sécurité routière poussent la mesure depuis vingt ans.
Le double-sens cyclable arrive automatiquement, et personne ne le sait
C'est l'effet secondaire le plus mal compris. Depuis 2010, le code de la route prévoit que les rues à sens unique situées en zone 30 ou en zone de rencontre sont ouvertes aux cyclistes dans les deux sens, sauf décision contraire motivée. Passer une commune entière à 30 revient donc à ouvrir mécaniquement des dizaines de rues au contresens vélo.
Les automobilistes découvrent ça en croisant un cycliste de face dans une rue qu'ils croyaient à sens unique. Les études d'accidentologie menées sur ces aménagements ne montrent pas de surcroît d'accidents, la visibilité mutuelle étant meilleure en face-à-face qu'en dépassement, mais l'effet de surprise est réel les premiers mois. Une commune qui bascule sans campagne d'information s'expose à un mauvais démarrage.
Le bruit, l'argument sous-estimé dans une station balnéaire
Le Cerema évalue le gain à environ 2 à 3 décibels pour un trafic passant de 50 à 30 km/h, sur les voies où le bruit de roulement domine. Trois décibels, c'est la moitié de l'énergie sonore en moins. Pour un riverain du front de mer un samedi d'août, l'écart s'entend nettement, davantage que sur la circulation de janvier.
Reste que les deux-roues motorisés et les accélérations brutales pèsent bien plus lourd qu'une vitesse de croisière. Une commune qui veut du calme en soirée gagnerait autant à traiter les points de redémarrage, feux et stops, qu'à afficher un 30 partout.
Ce qu'il aurait fallu écrire en décembre 2024
Que Tours passait à 30 au 1er janvier 2025, que Nantes avait généralisé la mesure sur la plus grande partie de sa voirie, que Machecoul-Saint-Même l'avait fait à son échelle, et qu'à Pornichet, rien n'avait été délibéré. Prolonger la liste jusqu'à une station balnéaire qui n'a rien annoncé, sur la foi d'une tendance nationale, revient à écrire une information qui n'existe pas.
Le sujet mérite mieux, parce qu'il se posera : une commune littorale dont la population triple en été, avec des piétons partout et des rues étroites autour des plages, a des raisons solides d'y venir un jour. Quand ce sera à l'ordre du jour d'un conseil municipal, la question à poser portera sur la liste des axes maintenus à 50, et sur le budget d'aménagement associé. Ce sont les deux lignes qui décident si la mesure tient ou reste sur le papier.
Résumer cet article avec :
Partager :