Le directeur des Chantiers de l’Atlantique prend la présidence de la SNSM de Pornichet

Sommaire6 sections
  1. 01Une station, deux métiers qu'on confond tout le temps
  2. 02Combien ça coûte, et qui paie
  3. 03Recruter, former, garder
  4. 04Ce que Pornichet apporte, et ce que Pornichet demande
  5. 05Les Chantiers de l'Atlantique, un voisin, pas un sponsor
  6. 06Ce qu'on peut raisonnablement attendre

Le titre de cet article induit en erreur, autant le dire tout de suite. Jean-Yves Jaouen n'est pas le directeur des Chantiers de l'Atlantique : ce poste est occupé par Laurent Castaing depuis 2012. Jaouen a été directeur des opérations du site de Saint-Nazaire, ce qui n'est pas la même fonction, et il a quitté l'entreprise avant de prendre en 2025 la présidence de la station SNSM de Pornichet. La nuance a son importance, parce qu'elle change la lecture de l'événement : il ne s'agit pas d'un patron d'industrie en exercice qui ajoute une casquette, mais d'un cadre à la retraite qui reprend une association de bénévoles.

Une station, deux métiers qu'on confond tout le temps

La SNSM fait deux choses très différentes, et le grand public ne retient que la première. Il y a le sauvetage en mer proprement dit, assuré toute l'année par les équipages de canots et de vedettes, déclenchés par le CROSS. Et il y a la formation des nageurs sauveteurs, ces jeunes qui tiennent les postes de secours des plages l'été, sous l'autorité du maire.

Sur la Côte d'Amour, les deux activités se croisent en permanence. Une plage qui court sur des kilomètres, une baie peu profonde, un marnage important qui découvre de grandes étendues de sable à basse mer : la configuration produit peu de drames spectaculaires et beaucoup d'incidents. Baigneurs emportés par le courant de retour, enfants perdus, planches à voile en difficulté, coupures sur les rochers.

Un président de station gère donc à la fois un outil nautique et une pépinière de formation. Les deux mobilisent le même local, les mêmes véhicules et souvent les mêmes personnes.

Combien ça coûte, et qui paie

C'est la partie que l'expérience industrielle de Jean-Yves Jaouen devrait éclairer. Une station arme un ou plusieurs bateaux, entretient des moteurs marins soumis à l'eau salée, renouvelle des combinaisons et des gilets tous les quelques années, paie du carburant et des formations certifiantes. À l'échelle nationale, la SNSM fonctionne avec un budget dont la majeure partie vient de dons privés, de legs et de partenariats, complété par des subventions publiques.

Traduit à l'échelle d'une station de la taille de Pornichet, ça donne un budget annuel de plusieurs dizaines de milliers d'euros à trouver chaque année, hors renouvellement de bateau. Un canot tout temps se chiffre en millions, une vedette légère en centaines de milliers d'euros. Ces investissements-là sont portés au niveau national, mais chaque station doit prouver son activité et son entretien pour être servie.

Recruter, former, garder

Devenir équipier de vedette ne se décide pas un dimanche. Il faut suivre une formation initiale, valider des modules de sécurité, participer aux entraînements réguliers, et surtout rester disponible sur alerte, y compris un mardi à 14 h. La contrainte n'est pas le courage : c'est l'agenda professionnel et le lieu de résidence.

Le vivier des nageurs sauveteurs est différent. Ce sont majoritairement des étudiants, formés pendant l'hiver, qui passent leur BNSSA et travaillent l'été sur les postes de secours. Une partie d'entre eux bascule ensuite vers l'équipage de la station, l'autre disparaît après deux ou trois saisons. Fidéliser ce second groupe est un travail de fond qui ne produit de résultats qu'au bout de plusieurs années.

Ce que Pornichet apporte, et ce que Pornichet demande

La commune vit face à la mer, avec un port de plaisance, un club nautique actif, une école de voile et une plage fréquentée d'avril à octobre. Cette densité d'usages fabrique de la demande de secours, mais elle fabrique aussi du soutien : les plaisanciers d'un port qui voient sortir la vedette donnent plus facilement que des habitants de l'intérieur. Pour se faire une idée du décor, la commune a fait l'objet d'un reportage en images sur son littoral.

Le revers, c'est le coût du logement. Une station a besoin d'équipiers qui habitent à quelques minutes du local. Quand le prix au mètre carré du front de mer chasse les jeunes actifs vers Saint-Nazaire ou Trignac, le bassin de recrutement rétrécit mécaniquement. Aucun président ne réglera ce problème seul, mais il peut construire un équipage plus large et mieux réparti sur la semaine.

Les Chantiers de l'Atlantique, un voisin, pas un sponsor

La tentation est grande de relier le nouveau président à son ancien employeur et d'imaginer un flux d'argent industriel vers la station. Ça ne fonctionne pas comme ça. Les Chantiers vivent leur propre calendrier : en janvier 2021, ils s'accordaient avec Naval Group sur le programme du futur porte-avions, comme le racontait La Lettre. Ces dossiers se jouent à Paris et à Toulon, pas au bout du quai de Pornichet.

Ce que l'industrie navale apporte réellement à une station de sauvetage est plus modeste et plus concret : des compétences techniques bénévoles, un accès à des artisans qualifiés, parfois du matériel réformé. Pour comprendre comment fonctionne l'entreprise et les questions qu'elle soulève, l'audition de Laurent Castaing devant le Sénat reste consultable ici.

Ce qu'on peut raisonnablement attendre

Pas de révolution : une station de sauvetage ne se réinvente pas. Ce qui peut bouger en deux ou trois ans tient en trois lignes. Un effectif d'équipage plus large, avec une meilleure couverture des créneaux de semaine. Un budget stabilisé, moins dépendant d'une seule manifestation annuelle. Et un plan d'entretien écrit, qui survive au président en place. Ce sont des objectifs sans panache, et ce sont ceux qui comptent quand le téléphone sonne à 3 h du matin en février.

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