Les petits marins retournent à bord du navire
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Le texte que remplaçait cet article racontait des marins qui ne coupent pas leurs cheveux avant d’appareiller et qui redoutent les moulins à vent à bord. C’est du folklore de marine marchande, recopié depuis un vieux recueil, et ça n’a rien à voir avec ce que vit un enfant qui remonte dans un dériveur au port de Pornichet un matin d’automne. Ce qui se passe réellement à bord est plus terre à terre, et franchement plus utile à raconter : des gestes, un vocabulaire, une météo et un moniteur qui compte les têtes.
Avant l’eau : vingt minutes à terre
La séance ne commence pas sur le ponton. Elle commence au local, avec l’habillage, et c’est souvent le passage le plus long. Combinaison néoprène, chaussons, coupe-vent, gilet par-dessus. Un enfant de sept ans met dix minutes à enfiler une combinaison humide de la veille, et il faut compter avec les fermetures éclair dans le dos, les capuches et les sangles mal réglées.
Ensuite vient le briefing. Le moniteur annonce le vent du jour, la direction, la zone de navigation et le signal de rappel. C’est très court et c’est répété tous les jours, parce qu’un groupe d’enfants oublie la moitié de ce qu’on lui dit dès qu’il a les pieds dans l’eau.
Le gréement, ou l’art de ne pas tout mélanger
Monter un dériveur, c’est une routine que les enfants apprennent en trois séances : mât, voile, bôme, écoute, safran, dérive. L’ordre compte. Une voile envoyée avant que le bateau soit dans le bon axe part au vent et fait tourner la coque sur le chariot, ce qui se termine par un doigt coincé si personne ne surveille.
C’est là que le vocabulaire entre par la pratique. Personne n’apprend à un gamin ce qu’est une écoute en le lui expliquant. Il l’apprend parce qu’on lui crie « borde ! » et qu’il finit par comprendre quel bout tirer. Au bout d’une semaine, il parle une langue que ses parents ne parlent pas, et il en tire une fierté qui vaut tous les diplômes de fin de stage.
Une heure sur l’eau, pas davantage
Les séances enfants tournent autour d’une heure de navigation effective. Ce n’est pas de la paresse pédagogique : un enfant qui a froid n’apprend plus rien. En octobre, dans la baie, l’eau descend autour de quinze degrés et l’air est plus frais que l’eau dès qu’il y a du vent. Passé une heure, les mains ne tiennent plus l’écoute et l’attention chute.
Le moniteur navigue en semi-rigide, à côté du groupe, et il ramasse en permanence : le bateau qui part sous le vent, celui qui n’arrive plus à remonter, celui qui a chaviré. Sur un groupe de huit débutants, il y a en moyenne un dessalage par séance. C’est normal, c’est prévu, et c’est même recherché en début de stage.
La météo décide, pas le programme
C’est la partie que les parents comprennent le moins bien. Une séance peut être annulée sous un ciel bleu parce que le vent dépasse le seuil fixé pour le support et le niveau du groupe. À l’inverse, elle peut être maintenue sous la grisaille, avec cinq nœuds et une mer plate, ce qui fait des conditions idéales pour des débutants.
À Pornichet, la brise thermique s’installe souvent en début d’après-midi quand la journée est ensoleillée. C’est la raison pour laquelle les groupes de tout-petits naviguent plutôt le matin, dans le vent faible, et les plus grands l’après-midi, quand ça souffle assez pour que le bateau avance vraiment.
Le retour au ponton : la partie que tout le monde saute
Rincer les bateaux à l’eau douce, remonter le mât, ranger les voiles, suspendre les combinaisons. Les enfants détestent ce moment et les moniteurs y tiennent, parce que c’est la seule partie qui leur apprend que le matériel appartient à tout le monde. Un club qui laisse partir les gamins sans ranger a du matériel hors service en deux saisons.
C’est aussi le moment où les parents arrivent, où le quai se remplit et où chacun raconte sa séance en la rendant plus spectaculaire qu’elle n’était. Un enfant qui a fait deux virements de bord approximatifs vous décrit une tempête. Laissez-le raconter.
Et les superstitions, alors ?
Elles existent, chez les pêcheurs professionnels et dans les équipages au long cours, et elles ont une fonction sociale réelle : donner un rituel commun à des hommes qui partent longtemps et qui savent que tout le monde ne rentre pas. Sur un dériveur d’école de voile, il ne reste que le pouce levé avant d’envoyer la voile. C’est un peu moins romanesque, et c’est de loin ce qu’il faut souhaiter à un enfant de huit ans qui navigue dans la baie de La Baule.
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