Les Villas de la Belle Époque : Un Voyage à Travers l'Elégance Historique
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Sur la Côte d'Amour, l'expression « villa Belle Époque » sert surtout d'argument de vente. Elle apparaît dans les annonces immobilières dès qu'une maison a une toiture pentue et un bout de bois découpé sous la gouttière, y compris quand la construction date de 1930, voire de 1955. Or les villas réellement bâties entre les années 1880 et 1914 forment un ensemble identifiable, avec des traits précis, et il est assez facile d'apprendre à les distinguer en marchant. C'est l'objet de cet article : reconnaître ce qu'on a devant les yeux entre Pornichet et La Baule, et comprendre ce que coûte l'entretien de ces maisons aujourd'hui.
Deux stations nées du chemin de fer
Rien de tout cela n'existerait sans la voie ferrée. Pornichet accueille des baigneurs dès les années 1860, et le quartier Sainte-Marguerite est loti à partir des années 1870, en grande partie par des imprimeurs et des libraires parisiens qui y font construire leurs maisons d'été. La Baule naît un peu plus tard, en 1879, sur un cordon dunaire fixé par des plantations de pins quelques décennies plus tôt. La ligne vers Le Croisic met alors Paris à une journée de train, ce qui change tout.
Le résultat se lit encore dans le parcellaire. À Sainte-Marguerite, les villas sont serrées, implantées sur des parcelles étroites, sous les pins, avec des rues qui tournent. À La Baule, le lotissement du parc des Dryades et les avenues du bois obéissent à un plan plus régulier, avec des jardins plus généreux. Deux logiques différentes, quinze ans d'écart.
Ce qui signe une maison d'avant 1914
Les villas de cette première génération partagent une série de traits. La toiture est en ardoise, très pentue, souvent percée de lucarnes et coiffée d'épis de faîtage en terre cuite ou en zinc. La façade joue sur les matériaux : moellon enduit, chaînages de brique, parfois de la brique polychrome en bandeaux. Un bow-window, cette avancée vitrée en saillie, occupe fréquemment l'angle exposé au sud, doublé au premier étage d'un balcon en bois découpé.
Les menuiseries sont fines, en bois, avec de petits carreaux. Le décor est concentré : ferronnerie de la grille d'entrée, céramique de la frise, nom de la villa gravé sur un cartouche au-dessus de la porte. Ce nom, souvent, est celui d'une épouse ou d'une fille du premier propriétaire, et il a survécu à quatre ou cinq changements de main.
Ce qui a disparu, et ce qu'il en reste
Le front de mer de La Baule offre le contre-exemple le plus parlant. Les villas qui bordaient le remblai ont été démolies presque toutes entre les années 1960 et 1980, remplacées par des immeubles qui occupent aujourd'hui la première ligne. Les maisons anciennes ont reculé d'une ou deux rues, ce qui explique un paradoxe : on voit mieux la station balnéaire d'origine en s'éloignant de la plage qu'en marchant le long du sable.
À Pornichet, le tissu ancien a mieux tenu, notamment autour de Sainte-Marguerite et vers le boulevard des Océanides. L'inventaire du patrimoine mené par la Région des Pays de la Loire a recensé une partie de ces maisons ; les notices sont consultables et donnent souvent le nom de l'architecte et la date du permis, ce qui vaut mieux que l'estimation d'une agence.
Vivre dedans, vraiment
Ces maisons ont été conçues pour deux mois d'été et pour une famille avec du personnel. Les pièces de réception sont hautes et orientées vers la mer, les chambres de service occupent les combles, les couloirs sont longs et la cuisine se trouve loin de la salle à manger. Adapter cela à une occupation à l'année demande des arbitrages, et les plus réussis ne sont pas ceux qui ouvrent tout : une villa dont on abat les cloisons perd la logique qui la rendait agréable.
Mon avis, après en avoir visité quelques-unes : les propriétaires qui s'en sortent le mieux sont ceux qui ont accepté de chauffer moins de pièces l'hiver et de garder la maison telle qu'elle est. Les autres finissent par se battre contre le bâtiment.
Un patrimoine privé, donc fragile
La plupart de ces villas appartiennent à des particuliers. Elles ne sont ni classées ni ouvertes au public, et leur sort dépend du budget de leurs propriétaires successifs et des règles d'urbanisme locales. C'est ce qui rend leur situation instable : une maison peut passer de la restauration soignée à la division en trois appartements en un seul acte de vente. Regarder ces façades pendant qu'elles sont là reste, pour le moment, la meilleure façon d'en profiter.
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