May All : Performance en Duo sur Scène
Sommaire5 sections
Une voix, une guitare, deux micros et une prise de courant. Le duo est le format le plus répandu sur la côte, pour une raison d'abord matérielle : c'est ce qui rentre dans un bar de vingt-cinq mètres carrés et dans le budget d'un patron qui programme le vendredi soir. May All travaille dans ce cadre-là, avec un répertoire qui pioche dans le folk, le jazz, la soul et le groove. Regarder ce que la contrainte fait à la musique est plus instructif que de parler d'alchimie.
Ce que le duo enlève, et ce qu'il oblige à inventer
En duo, il n'y a pas de batterie. Donc pas de personne dont le seul travail est de tenir le tempo. La guitare doit assurer en même temps la pulsation, les accords et parfois une ligne de basse au pouce. Dès que le guitariste part en solo, le sol se dérobe sous la chanteuse.
Les groupes qui s'en sortent bien règlent ce problème par le corps et par les silences. Un pied qui marque, un coup de paume sur la caisse, une reprise de couplet a cappella qui remet tout le monde d'accord. C'est aussi pour ça qu'un duo qui joue depuis longtemps ne ressemble plus du tout à un duo qui vient de se former, même avec le même répertoire.
Un répertoire à cheval sur quatre familles
Folk, jazz, néo-soul, groove : sur le papier, ça ressemble à un fourre-tout. Sur scène, ces quatre entrées ont un point commun pratique, elles supportent d'être jouées à deux sans sonner amputées. Un standard de jazz vit très bien en voix-guitare, c'est même sa forme d'origine dans beaucoup de clubs. Une chanson folk a été écrite comme ça. La néo-soul, plus récente et construite en studio autour de boucles, résiste davantage, et c'est justement là que le travail d'arrangement se voit.
La salle décide autant que les musiciens
Un duo acoustique dans un bar avec du carrelage et vingt personnes qui discutent au comptoir, c'est un combat perdu d'avance sur les nuances. Le même duo dans une petite salle assise, avec un public qui écoute, peut descendre très bas en volume et tenter des choses qu'aucun groupe électrique ne tentera.
Sur ce point, j'ai un avis : la moitié des mauvaises soirées de duo qu'on entend sur la côte tient au lieu, pas aux musiciens. Un plafond bas, une machine à café qui tourne, une télé allumée dans le fond, et la voix devient inaudible dès qu'elle sort du refrain.
Deux musiciens, une économie de tournée
Un duo se déplace dans une voiture, monte en trente minutes et repart le soir même. C'est ce qui lui ouvre les scènes que les formations plus lourdes ne peuvent pas tenir : une terrasse en juillet, un café-concert en hiver, une soirée privée, un marché de producteurs. La contrepartie est connue de tous ceux qui vivent de ce métier, le cachet se partage en deux et les dates s'enchaînent.
Cette réalité explique aussi le choix des reprises. Un duo qui joue trois heures pour un bar a besoin d'un répertoire large et reconnaissable, quitte à glisser ses compositions entre deux titres que la salle connaît. Reprocher ce dosage à un duo de bar revient à lui reprocher de payer son loyer.
Ce qu'on peut attendre d'un concert de May All
Une soirée de ce type dure en général deux sets de quarante-cinq minutes, séparés par une pause. Le second set est presque toujours le meilleur. Il n'y a pas de mystère à cela : au bout d'une heure, les musiciens ont compris la pièce et le public a arrêté de parler.
Pour le reste, ce format vaut ce que vaut la chanteuse. En duo, la voix est exposée en permanence, sans rien pour la couvrir. C'est ce qui rend l'exercice difficile, et c'est aussi ce qui fait que les bonnes soirées de duo restent en mémoire plus longtemps qu'un concert de groupe correct.
Résumer cet article avec :
Partager :