Pornichet : À la découverte des Korrigans, ces esprits malicieux de la Bretagne
Sommaire5 sections
Autant le dire tout de suite : il n'y a pas de korrigans à Pornichet, et il n'y a pas non plus de vallée des Korrigans à visiter entre la grande plage et le port. Les brochures qui promettent une rencontre avec les lutins bretons à deux pas de la Côte d'Amour vendent un folklore emprunté à une autre partie de la Bretagne. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a rien à raconter ici : la presqu'île guérandaise a ses propres histoires, et elles sont plus intéressantes que la version pour dépliant touristique.
Ce qu'est vraiment un korrigan
Le mot vient du breton korr, le nain, auquel s'ajoutent des suffixes diminutifs. Un korrigan, littéralement, c'est un petit nain. Dans les récits collectés au dix-neuvième siècle, ce n'est ni un elfe gracieux ni une mascotte de parc à thème : c'est une créature nocturne, souvent laide, liée aux pierres levées, aux fontaines et aux landes.
Les collectes de Théodore Hersart de la Villemarqué, publiées dans le Barzaz Breiz en 1839, puis les travaux de folkloristes comme Paul Sébillot ont fixé ces figures à l'écrit. On y trouve des danses nocturnes autour des mégalithes, des trésors gardés, des voyageurs entraînés dans une ronde dont ils ne sortent qu'au chant du coq. Le korrigan enlève parfois les enfants, échange les nourrissons, punit celui qui l'espionne. Le personnage inoffensif et rigolo est une invention récente.
Pourquoi Pornichet n'est pas terre de korrigans
Pornichet appartient à la Bretagne historique, cela n'a jamais fait débat. Mais dans le partage entre Basse-Bretagne bretonnante et Haute-Bretagne de langue gallèse, la commune se situe du côté gallo, tout comme Saint-Nazaire et la plus grande partie de la Loire-Atlantique.
Il existe pourtant une nuance locale intéressante. À une vingtaine de kilomètres, à Batz-sur-Mer et dans les paroisses voisines de la presqu'île, le breton s'est maintenu bien plus longtemps qu'ailleurs dans le département, jusqu'au début du vingtième siècle. Cette poche linguistique isolée, entourée de pays gallo, est une singularité réelle du secteur. C'est de ce côté-là qu'il faut chercher, pas du côté de Merlin.
Le marais de Brière, le vrai voisin légendaire
À un quart d'heure de voiture de Pornichet commence la Grande Brière, deuxième zone humide de France. Un marais de plusieurs milliers d'hectares où l'on circule en chaland, où les îles portent des noms de villages, et où le brouillard tombe sans prévenir sur des kilomètres de roselières.
Les habitants y ont entretenu leurs propres croyances : feux follets sur l'eau, présences entrevues au crépuscule, récits d'une forêt engloutie dont les troncs noircis remonteraient parfois de la tourbe. Ce dernier point n'est d'ailleurs pas qu'une histoire : le sous-sol briéron conserve effectivement des bois anciens, ce que les exploitants de tourbe savent depuis longtemps.
Voilà un imaginaire qui tient debout parce qu'il colle au paysage. Le marais fabrique lui-même ses fantômes, avec la brume et le silence. Aucun besoin d'importer des lutins d'Ille-et-Vilaine.
Ce que les enfants y gagnent quand même
Rien n'oblige à priver les enfants d'histoires de lutins sous prétexte d'exactitude géographique. Un conte se raconte où l'on veut, et les korrigans font partie de la culture bretonne au sens large, celle qu'on transmet dans les écoles, les bibliothèques et les veillées d'été de toute la région.
La différence tient au cadrage. Dire à un enfant que les korrigans dansent la nuit dans les landes du Finistère et qu'on en trouve les récits dans des livres écrits il y a deux cents ans, c'est lui donner une histoire et une carte. Lui faire croire qu'un korrigan se cache derrière un pin du boulevard des Océanides, c'est le préparer à une déception.
Le folklore mérite mieux qu'un argument de vente
Le fond légendaire breton a été collecté, daté, discuté par des générations de chercheurs. Le réduire à un décor enchanteur plaqué sur n'importe quelle station balnéaire lui rend un mauvais service, et finit par lasser les visiteurs qui repartent sans avoir rien appris. Pornichet a une plage de deux kilomètres, un port, un hippodrome et un marais mondialement connu à côté. C'est déjà beaucoup, et ça ne demande aucun lutin.
Résumer cet article avec :
Partager :