Pornichet déam’bulle : un week-end palpitant dédié à la bande dessinée les 5 et 6 avril
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Vingt-cinq auteurs. C'est le chiffre qui dit tout du festival Pornichet déam'bulle, dont la cinquième édition s'est tenue les 5 et 6 avril 2025 à l'hippodrome. À Angoulême, on compte les auteurs par centaines et les files de dédicace en heures d'attente. Ici, sur un week-end, vingt-cinq tables, ce qui veut dire qu'un lecteur qui vient avec deux albums sous le bras a de vraies chances de repartir avec deux dessins et deux conversations. C'est la seule métrique qui compte dans un festival de BD, et c'est celle dont on parle le moins.
Un festival à taille humaine, et ça se joue sur le nombre de tables
Il faut avoir fait la queue quatre-vingt-dix minutes pour un dessin de trente secondes pour comprendre ce que change un petit festival. À vingt-cinq auteurs répartis sur deux jours, la densité de public par table reste supportable. On peut passer devant, revenir, hésiter, feuilleter, demander sur quoi la personne travaille en ce moment. Les auteurs eux-mêmes préfèrent souvent ces formats : ils vendent moins d'albums qu'à Angoulême, mais ils repartent en ayant parlé à des lecteurs plutôt qu'en ayant signé à la chaîne.
Le mélange annoncé associait des noms installés et de jeunes autrices et auteurs, dont certains sortaient d'un premier album. Ce sont ceux-là qu'il faut aller voir en priorité un samedi matin : ils sont disponibles, ils expliquent volontiers comment ils travaillent, et leur table est la seule où l'on peut encore acheter un album qu'aucun de vos amis ne connaît.
Les ateliers de dessin, à réserver dès l'ouverture
Les ateliers de dessin sont, dans tous les festivals de ce type, la partie qui sature le plus vite. Les groupes sont limités à une quinzaine de participants pour que l'intervenant puisse passer derrière chacun, et les créneaux du samedi après-midi partent dans la première heure. Le réflexe utile est d'aller au point d'accueil avant même de faire le tour des tables.
Deux spectacles qui sortent la BD de la page
Le programme comptait deux propositions musicales. Ancre noire, concert dessiné monté avec l'Orchestre symphonique de Saint-Nazaire, et La Forêt millénaire, une forme mêlant image projetée et création sonore. Le concert dessiné est un format qui s'est installé depuis une quinzaine d'années : un dessinateur travaille en direct, l'image est projetée en grand, la musique suit ou impose le tempo. Ça peut être magnifique quand le dessinateur assume l'erreur et la rature en public, ça peut être tiède quand le dessin n'est qu'une illustration de la musique. La présence d'un orchestre symphonique local penche plutôt du bon côté, parce qu'elle suppose des répétitions communes et pas un simple habillage.
Cette porosité entre la bande dessinée et les autres arts est un fil que le festival tire depuis plusieurs éditions, et sur lequel nous étions déjà revenus à propos des passerelles entre bande dessinée et cinéma à Pornichet.
Le choix de l'hippodrome
Installer un festival de BD à l'hippodrome peut sembler curieux. En pratique, ça règle les trois problèmes qui tuent les petites manifestations : la surface disponible, le stationnement et l'accès. Le site est de plain-pied, accessible en fauteuil sans compromis, et à une dizaine de minutes à pied de la gare de Pornichet, donc atteignable depuis Saint-Nazaire ou La Baule en train. Un centre-ville aurait dispersé les tables entre trois salles et transformé la journée en course d'orientation.
Le revers, c'est l'ambiance. Un hall ouvert n'a pas le charme d'une chapelle ou d'une halle ancienne, et le son y porte mal quand il y a du monde. Les expositions installées ailleurs dans la ville compensaient en partie, en donnant une raison de sortir du site et de marcher un peu.
Les rencontres, la partie qu'on regarde de haut à tort
Les tables rondes attirent moins que les dédicaces, et c'est dommage. Le programme abordait notamment la place des autrices dans la bande dessinée, sujet qui a bougé vite depuis dix ans dans l'édition française sans que la répartition des prix suive au même rythme. Une heure assis à écouter trois auteurs parler de leur métier apprend davantage sur la fabrication d'un album que dix minutes debout devant une table.
Un festival qui en est à sa cinquième édition, sur une commune d'un peu plus de 10 000 habitants, avec des expositions dans la ville et un orchestre symphonique en partenaire : le modèle tient parce qu'il ne cherche pas à grossir plus vite que son public. La couverture locale, notamment celle d'Ouest-France, dessinait la même trajectoire dans les semaines qui précédaient. La question pour la suite sera de savoir jusqu'où on peut monter en nombre d'auteurs sans perdre ce qui fait aujourd'hui l'intérêt du rendez-vous.
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