Pornichet : La fin d’une ère avec la fermeture de L’Atelier de Vanessa

Sommaire4 sections
  1. 01L'arithmétique d'un salon en ville balnéaire
  2. 02Les travaux, l'accélérateur qu'on sous-estime
  3. 03Ce que la coiffure a de particulier
  4. 04Ce qui se joue pour la suite du local

La fermeture de L'Atelier de Vanessa, à Pornichet, après une liquidation judiciaire, n'est pas la fin d'une époque. C'est une procédure collective de plus dans un secteur qui en compte beaucoup, et le dire franchement rend mieux service aux commerçants du coin qu'un texte sur la nostalgie du salon de quartier. Ce qui mérite d'être regardé, c'est l'arithmétique : comment un salon de coiffure tient ou ne tient pas dans une commune balnéaire où le gros du chiffre se fait sur dix semaines et où la clientèle permanente représente environ 10 000 personnes.

L'arithmétique d'un salon en ville balnéaire

Un salon de coiffure vit de rendez-vous réguliers. Une coupe toutes les six à huit semaines, une couleur toutes les quatre à six. Ce modèle suppose une clientèle stable qui revient, et c'est exactement ce dont manque une commune dont la population gonfle en juillet et août puis retombe. L'été apporte du passage, souvent en coupe simple, sans fidélisation. Le reste de l'année, il faut remplir les fauteuils avec les résidents permanents.

Ajoutez à cela une structure de coûts qui bouge peu. Le loyer d'un local commercial en centre-ville de Pornichet se paie douze mois sur douze, l'électricité et l'eau pèsent lourd dans un métier où l'on lave et où l'on sèche toute la journée, et les salaires du personnel sont dus même une semaine de février à quatre clients par jour. Un salon avec deux ou trois employés a besoin d'un volume d'activité que beaucoup de mois ne fournissent pas.

Les travaux, l'accélérateur qu'on sous-estime

Pornichet a engagé plusieurs chantiers lourds, sur le front de mer et dans le coeur de ville, avec un achèvement annoncé pour 2025. Ces réaménagements finissent presque toujours par profiter aux commerces. Pendant leur durée, ils font l'inverse : places de stationnement supprimées, trottoirs éventrés, itinéraires détournés, et une clientèle âgée qui renonce à traverser un chantier pour aller se faire coiffer.

Ce point revient dans à peu près toutes les villes qui rénovent leur centre. Certaines communes indemnisent les commerçants pendant les travaux, via une commission d'indemnisation à l'amiable. Le dispositif existe, il est peu connu, et il ne compense généralement qu'une partie de la perte constatée. Quand une trésorerie est déjà tendue, six mois de passage divisé par deux suffisent à faire basculer un bilan.

Ce que la coiffure a de particulier

La coiffure figure régulièrement parmi les activités les plus touchées par les défaillances d'entreprises en France, avec la restauration et le bâtiment. Trois raisons se croisent. Le ticket moyen progresse moins vite que les charges. La concurrence des enseignes à bas prix et des coiffeurs à domicile, dont les frais fixes sont proches de zéro, tire les tarifs vers le bas. Et le métier demande une présence physique permanente du gérant, ce qui rend toute maladie ou tout accident immédiatement coûteux.

Il faut ajouter un facteur humain qui n'apparaît sur aucun bilan : beaucoup de ces salons sont tenus par des personnes qui savent couper les cheveux et qui ont appris la gestion sur le tas. Le suivi de trésorerie au mois le mois, la négociation d'un échéancier avec l'Urssaf avant que la situation ne se dégrade, la décision de réduire la voilure à temps, tout cela s'apprend rarement en CAP.

Ce qui se joue pour la suite du local

Un local commercial vide en centre-ville n'est jamais neutre. Il casse la continuité de la rue, et un piéton qui longe deux rideaux baissés d'affilée change de trottoir. Les communes disposent de quelques outils pour éviter l'effet domino : le droit de préemption sur les baux commerciaux, qui permet à la mairie de reprendre la main sur la destination d'un local, ou l'occupation temporaire par une association ou une boutique éphémère le temps de trouver un repreneur.

Pour Pornichet, la question posée par cette fermeture n'est pas celle du souvenir. C'est de savoir combien de commerces du même profil, coiffure, retouche, petit équipement de la personne, tiennent encore sur une clientèle de saison et une trésorerie courte. La réponse se trouve dans les greffes du tribunal de commerce de Saint-Nazaire, pas dans les messages postés sur les réseaux sociaux le jour de la fermeture.

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