Pornichet : Projection-débat autour du film chinois 'Black Dog' ce lundi
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Un film chinois sous-titré, un lundi soir, à 20h10, dans une station balnéaire au mois de mars : sur le papier, c'est la séance qui ne remplit pas. C'est pourtant celle que La Toile de Mer a programmée le 17 mars 2025 avec « Black Dog » de Hu Guan, prix Un Certain Regard au festival de Cannes 2024, suivi d'un échange avec le critique Thomas Pouteau. Cette séance-là tient grâce à un dispositif national dont peu de spectateurs connaissent le nom, et grâce au fait qu'en mars, à Pornichet, il reste surtout des gens qui habitent ici.
Ce que raconte le film, sans emballage
Lang sort de prison et revient dans sa ville natale, une agglomération à moitié vidée aux abords du désert de Gobi, promise à la démolition. Pour se réinsérer, il rejoint la brigade chargée de capturer les chiens errants qui ont envahi les quartiers abandonnés. Il en attrape un, un lévrier noir soupçonné d'être enragé, et au lieu de le livrer, il le garde.
Le scénario tient en trois lignes. Autant le dire tout de suite : « Black Dog » avance lentement, parle peu, et son personnage principal prononce à peine quelques répliques dans tout le métrage. Les spectateurs qui ont besoin de dialogue vont trouver le temps long dans la première demi-heure. Ceux qui acceptent d'entrer par l'image y gagnent des plans de ville fantôme, de poussière et de troupeaux de chiens dans des rues désertes qui restent longtemps en mémoire.
Une Chine que le cinéma d'exportation montre rarement
L'histoire se déroule à la veille des Jeux olympiques de Pékin, en 2008, au moment où le pays se met en scène pour le monde entier. Hu Guan filme l'exact opposé : les villes de l'Ouest qu'on rase, les habitants qu'on déplace, les métiers qui disparaissent avec les quartiers. Le chien errant, encombrant et vaguement dangereux, sert de miroir à l'homme qui le capture.
Cette lecture sociale ne se donne jamais comme un discours. Elle passe par des détails : un zoo à l'abandon, une fête foraine qui tourne encore, un père qui ne parle plus à son fils. C'est ce qui distingue le film d'une chronique militante, et probablement ce qui lui a valu son prix à Cannes.
L'ADRC, la mécanique invisible derrière la séance
L'Agence pour le développement régional du cinéma a été créée en 1983. Son travail consiste à acheter des copies de films et à les faire circuler dans les salles qui, seules, n'obtiendraient jamais le film du distributeur : petites villes, salles à un ou deux écrans, communes hors des grandes agglomérations. Sans elle, un titre comme « Black Dog » resterait à Nantes et à Saint-Nazaire.
Le principe explique pourquoi une salle de la Côte d'Amour peut afficher un film primé à Cannes quelques mois après sa sortie parisienne. Ce circuit dépend de la fréquentation : une salle qui ne remplit pas ses séances soutenues finit par ne plus en obtenir.
Aller au cinéma un lundi soir en mars
Hors saison, la vie culturelle de Pornichet se joue devant un public d'habitués. Les séances du lundi soir attirent des retraités, des enseignants, quelques lycéens, des gens qui se connaissent et qui restent discuter sur le trottoir après la sortie. Cette configuration change la nature du rendez-vous : le débat commence dans la salle et continue dehors, ce qui n'arrive presque jamais dans un multiplexe.
Un point pratique : le film est en mandarin sous-titré. Si la lecture des sous-titres vous rebute, celui-ci en demande peu, faute de dialogues.
Reste la question que personne ne pose à voix haute : est-ce qu'un film pareil vaut une sortie un soir de semaine, quand il arrivera sur une plateforme dans six mois ? Pour celui-ci, oui, et pour une raison de mise en scène : les plans larges de désert et de ville morte perdent l'essentiel sur un écran de télévision.
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