Pornichet : une journée dédiée à la sensibilisation aux troubles DYS à la Médiathèque
Sommaire5 sections
Pourquoi organiser un atelier de percussions pour parler de dyslexie ? La question mérite d'être posée, parce que le lien ne saute pas aux yeux au détour d'un programme de médiathèque. La journée que la Médiathèque de Pornichet avait annoncée pour le samedi 8 mars 2025 reposait entièrement sur cette idée : passer par le rythme et par l'oreille plutôt que par le texte, avec des enfants et des adolescents pour qui le texte est justement le terrain où ils perdent pied.
Le rythme et la lecture partagent une partie du câblage
Ce n'est pas une intuition d'animateur culturel. La recherche en neurosciences cognitives explore depuis une vingtaine d'années les recouvrements entre traitement du rythme et traitement phonologique : découper un flux musical en pulsations et découper un flux de parole en syllabes puis en phonèmes mobilisent des ressources en partie communes. Les enfants dyslexiques présentent souvent, en parallèle de leurs difficultés de décodage, une sensibilité au rythme plus fragile que la moyenne.
De là à dire que taper sur un djembé apprend à lire, il y a un pas que personne de sérieux ne franchit. Une matinée d'ateliers ne rééduque rien. Ce qu'elle fait, en revanche, c'est offrir à un enfant de neuf ans qui se sent nul en classe une activité où il est bon, tout de suite, devant les autres. Pour un gamin qui accumule les mauvaises notes depuis trois ans, cette heure-là compte.
Ce que contenait le Tribal Workshop
L'atelier mêlait manipulation d'instruments électroniques et jeux autour de l'oralité avec des percussions. Le découpage en deux créneaux, 8-11 ans puis 12-15 ans, n'est pas anodin. Un enfant de dix ans accepte de jouer, un ado de quatorze se méfie de tout ce qui ressemble à une activité pour petits. Les mélanger aurait plombé les deux groupes.
Les instruments électroniques, séquenceurs et boîtes à rythmes, jouent ici un rôle précis : ils suppriment la barrière technique. Pas de solfège à déchiffrer, pas de partition, pas de notation écrite. On appuie, ça sonne, on garde ou on efface. C'est à peu près le seul domaine artistique où un enfant qui ne lit pas couramment part avec le même bagage que les autres.
Glaö expérience, un concert où le public n'est pas assis sagement
Le duo travaille sur un registre tribal et électro, avec des machines, des percussions, des chants chamaniques et des didgeridoos. Le format annoncé était celui d'un concert interactif : le public intervient, tape, répond, ne se contente pas d'écouter. Le didgeridoo se prête bien à l'exercice : son bourdon continu s'entend autant qu'il se sent dans la cage thoracique. Pour des enfants qui décrochent vite face à un format scolaire, ça marche.
Sensibiliser les adultes autant que les enfants
La journée comportait aussi un volet plus classique : des interventions consacrées aux réalités des troubles spécifiques des apprentissages, de la détection à la prise en charge, avec la participation d'Aurélie Renard-Vignelles, autrice et conférencière sur le sujet. C'est le versant destiné aux parents et aux enseignants, et il est utile pour une raison simple : le diagnostic tarde encore beaucoup trop souvent. On cite couramment le chiffre de 6 à 8 % d'une classe d'âge concernée par un trouble DYS, soit un ou deux élèves par classe. Ces enfants passent en moyenne plusieurs années à être considérés comme lents ou distraits avant qu'un bilan orthophonique soit posé.
Une médiathèque, un lieu logique pour ce sujet
Il y a une petite ironie à traiter des troubles de la lecture dans un bâtiment rempli de livres, et elle est assumée. Les médiathèques constituent depuis plusieurs années des fonds adaptés : ouvrages en police OpenDyslexic ou Luciole, textes à interlignage large, livres audio, versions numériques dont on peut modifier le corps du texte. Un enfant dyslexique n'a pas cessé d'aimer les histoires, il a cessé de pouvoir les décoder seul. Ce n'est pas la même chose, et une bibliothèque bien équipée peut faire beaucoup sur ce point précis.
Le partenariat avec Musicodys, association qui travaille sur cette entrée musicale, suivait la même logique, comme le rattachement à la Journée nationale des DYS qui mobilise chaque année familles et professionnels. Les modalités pratiques de la journée ont été publiées par la Médiathèque de Pornichet.
Résumer cet article avec :
Partager :