Pourquoi le cimetière allemand de Pornichet détient-il les secrets inexplorés de la Seconde Guerre mondiale ?
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Autant le dire tout de suite : le cimetière allemand de Pornichet ne cache aucun secret. C'est même son contraire exact. Un cimetière militaire est un objet administratif, tenu, listé, avec des noms, des dates de naissance, des dates de mort, et il ne garde rien pour lui. Ce qui reste inexploré, ce n'est pas le lieu, c'est ce que les gens d'ici en font. Sur la Côte d'Amour, on visite le front de mer, l'hippodrome, le port. On passe rarement devant les tombes des soldats de la Wehrmacht, et quand on le fait, on ne sait pas très bien quoi en penser. C'est de ça qu'il s'agit, pas d'archives dissimulées.
Pornichet est resté en guerre après la fin de la guerre
C'est le fait local qui explique tout le reste. Après la libération de Nantes en août 1944, les troupes allemandes se replient sur l'estuaire et s'y enferment. La poche de Saint-Nazaire tient jusqu'au 11 mai 1945. Pendant neuf mois, une ligne de front traverse la campagne entre Saint-Nazaire, Pornichet, La Baule et Guérande, avec des milliers de soldats allemands d'un côté, des unités françaises et américaines de l'autre, et des civils coincés au milieu ou évacués.
Ça change complètement la lecture du cimetière. Les hommes enterrés là ne sont pas tous morts au moment du Débarquement. Une partie meurt dans les derniers mois, d'accrochages sur les lignes, de mines, de maladie, dans une zone où l'on savait déjà que la guerre était perdue. Ils sont morts pour tenir un morceau de littoral qui n'avait plus d'usage militaire.
Le regroupement des tombes, l'histoire qu'on raconte le moins
Après 1945, la France ne conserve pas les centaines de petits cimetières et de carrés allemands dispersés dans les communes. Un accord franco-allemand confie l'entretien et la concentration des sépultures au Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge, l'organisme allemand chargé des tombes de guerre. Des corps sont exhumés, identifiés quand c'est possible, transférés vers de grands ensembles. C'est un travail long, technique, souvent mal documenté localement, et c'est probablement le vrai sujet d'enquête pour qui veut chercher quelque chose ici.
Sur le terrain, ça donne un espace sobre, sans ornement, sans drapeau, entretenu. Pas de discours gravé. C'est voulu. Les cimetières militaires allemands en France sont conçus pour ne rien célébrer, et la sobriété n'est pas un choix esthétique, c'est une position prise après 1945.
Comment on visite un endroit pareil
Sans solennité forcée. On y va comme on va au cimetière communal, et on regarde les dates. C'est là que le choc arrive, en général : les années de naissance. 1925, 1926, 1927. Des garçons de dix-huit ou dix-neuf ans envoyés tenir une position sur une côte qu'ils n'avaient jamais vue. La question morale n'est pas résolue pour autant, et je trouve honnête de ne pas prétendre qu'elle l'est. Ces hommes appartenaient à l'armée d'un régime qui a occupé le pays, réquisitionné, déporté. Les deux choses sont vraies en même temps.
Le cimetière, un point sur une carte plus large
À l'échelle de Pornichet, ce carré allemand fait partie d'un ensemble qu'on ne regarde plus : les blockhaus enfouis dans les dunes, les vestiges du Mur de l'Atlantique le long de la côte, les traces du siège dans les fermes de l'arrière-pays. Le littoral entre Pornichet et Saint-Nazaire a été un chantier militaire pendant quatre ans, avec du béton coulé par milliers de mètres cubes et une main-d'œuvre requise sur place.
La mémoire locale, elle, s'est surtout construite autour de la souffrance des civils et de la base sous-marine de Saint-Nazaire, qui reste l'objet le plus visible du conflit dans l'estuaire. Le cimetière allemand est l'angle mort de ce récit. Pas parce qu'on le dissimule, mais parce qu'il est inconfortable et qu'aucune commémoration ne s'y accroche naturellement.
Reste la question du titre : y a-t-il quelque chose d'inexploré ici ? Oui, mais pas au sens où on l'entend. Pas de coffre, pas de document scellé. Simplement des centaines de trajectoires individuelles qu'aucun historien n'a reconstituées, faute d'intérêt et faute de temps, et qui attendent dans des fichiers accessibles à tous. Le mystère, c'est qu'on ne soit pas allé les chercher.
Source: www.ouest-france.fr
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